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Deux Frenchies à la conquête du Madison Square GardenLe 08/03/2020

Très largement relayé par les médias traditionnels, les débuts américains de Tony Yoka auraient dû avoir lieu le 14 mars au Madison Square Garden en undercard de la première défense de titre de Shakur Stevenson (débuts américains finalement reporté à une date ultérieur ndlr). Quelques heures auparavant, deux autres français tenteront également de conquérir le coeur des supporters de mythique salle des New York Knicks. Frederic Julan (12-0, 10 KOs) et Romain Tomas (8-3, 1 KO) ont quitté la France en 2012 pour s’installer à Brooklyn et vivre le rêve américain. Huit ans plus tard, leur parcours atypique les mènent à partager le même ring que le boxeur français le plus en vue.

 

A quelques jours de cette échéance décisive pour leurs carrières respectives, ils reviennent en détail sur leur aventure américaine.

Bien clairvoyant celui qui, en poussant les portes d'une salle de boxe new-yorkaise, s'attend à croiser deux boxeurs français. Comment votre carrière s'est-elle orientée vers ces influences transatlantiques ?

R.T. : On a commencé la boxe sur le tard, vers la vingtaine. On savait déjà que ça allait être compliqué de faire une carrière amateur en France, puisque les équipes Olympiques sont très sélectives. En plus, à cette période, la Fédération vivait une période compliquée et très peu de galas étaient organisés. On avait vraiment peu d’opportunités de boxer !

On s’est dit que pour qu’on puisse réussir dans ce sport, on se devait de partir dans un environnement plus propice au développement de notre carrière.

 

F.J. : A ce moment là, on savait que le meilleur ami de notre entraîneur en France (Malek Ikhenache d’Emerainville ndlr)  avait une salle à New York. J’y étais déjà allé pour faire un stage en 2010, donc j’avais déjà quelques repères. On s’est décidé à s’installer là-bas pour de bon en 2012.

Après quelques mois, on a voulu participer aux Golden Gloves. J’ai remporté le tournoi, Romain s’est incliné en finales. On a tout cassé ! On est revenu défendre nos titres l’année suivante, et l’année d’après également. Pendant trois ans, on a énormément tourné sur tous les tournois amateurs de New York.

Une carrière pro aux Etats-Unis, c'est forcément mieux qu'en France ?

F.J. : Quand on a décidé de passer chez les professionnels en 2016, notre entraîneur avait de bons contacts à Atlantic City. On a fait tous nos premiers combats sur des soirées organisées dans des gros casinos, l’ambiance était folle !

 

R. T. : J’ai eu des débuts pro un peu plus compliqué que Fred. Je perds mon premier combat face à un gars vraiment dur, mais ça ne m’a pas peiné plus que ça. J’ai pris ça comme une simple embûche sur mon chemin, et je suis retourné directement à la salle. J’ai enchaîné avec quelques victoires, puis j’ai pris une deuxième défaite dans un combat sur lequel je n’étais pas au top.

Je me suis retrouvé à 29 ans avec un bilan de 7 victoires pour 2 défaites… Pas assez impressionnant pour être respecté par les promoteurs. Avec mon coach, on a décidé de prendre tous les risques pour faire monter ma côte ! On accepte tous les défis, plus de temps à perdre. Avec cette mentalité là, j’ai pris une victoire sur un boxeur invaincu avant moi. Je boxe ensuite un autre mec invaincu, et je m’incline en montrant malgré tout un beau visage.

Comment est venu cette opportunité de boxer au Madison Square Garden, sur la carte organisée par Top Rank ? Que représente cette soirée pour la suite de votre carrière ?

F.J. : Top Rank a d’abord fait appel à Romain pour rencontrer un de leurs boxeurs. Une fois que le contact a été établi avec mon coach, il leur a proposé de me placer également sur la soirée. Ils m’ont proposé de faire un combat de 6 rounds contre Victor DaRocha (9-5-1, 6 KOs).

Je suis invaincu, et je sors d’une série de 9 KOs consécutifs. Avec ce palmarès, une grosse performance le 14 mars devrait me permettre de rejoindre un promoteur important aux USA. Top Rank par exemple !

 

R. T. : Dans la suite logique de mes deux derniers combats, Top Rank veut se servir de moi pour tester John Bauza (13-0, 5 KOs), un de leurs jeunes espoirs. J’accepte le challenge à bras ouverts, je dois enchaîner les victoires en étant outsider pour faire monter ma côte. Je pense que je vais devoir gagner encore 3-4 combats en tant qu’outsider avant de recevoir des offres de promoteurs influents, mais je ne cours pas forcément après ça. J’ai embrassé cette mentalité d’outsider, elle me garde motivé. J’ai les crocs qui raye le parquet, je veux rester dans cet état d’esprit.

C’est cette mentalité qui me permettra de monter sur le ring contre les meilleurs espoirs des USA sans les regarder de haut. Pour quelqu’un qui a commencer la boxe sur le tard, je suis satisfait d’en être arrivé là !

La vie d'expatriés doit représenter également un certain nombre de sacrifices et d'obstacles. Comment avez-vous vécu cette transition ?

F. J. : Pour moi, le passage d’un côté à l’autre de l’Atlantique s’est effectué assez facilement. J’avais déjà mes repères, et Simon m’a fait sentir comme à la maison. Le seul léger problème… C’était de parler anglais ! Je n’avais pas parlé anglais depuis le collège, on a dû reprendre des cours en arrivant à Brooklyn. Après quatre ans sur les bancs de l’école, on est parfaitement bilingue;

 

R. T. :  Après notre départ, on a passé sept ans sans remettre le pied en France. On va pas se mentir, c’est vraiment dur. Je suis quelqu’un qui vient d’une grande famille, et c’est un vrai sacrifice de passer autant de temps loin d’eux. Mais une carrière de boxeur n’est pas longue, encore plus quand on a commencé tard comme nous. On se devait de tenter le tout pour le tout et faire le nécessaire pour réussir.

Quand on était gamin, on rêvait d’être boxeur pro, et c’est devenu une réalité. Tout est possible quand tu mets l’énergie positive nécessaire !

Un message à faire passer aux Français qui vous soutiennent à distance ?

R. T. : Si on en est là, c’est parce qu’on est entouré par une équipe en or. Chacun a mis sa pierre à l’édifice, et on ne pourrait pas réussir sans cet esprit d’équipe. Simon (notre entraîneur aux USA), Malek (notre entraîneur français), Youri, Fred… La machine tourne parce qu’on veut créer quelque chose ensemble et c’est ensemble qu’on réussit. C’est de cette unité dont on a tous besoin, à petite ou grande échelle.