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Bilel Jkitou, Prince du ring, Roi d’InstagramLe 03/05/2019

Vous l’avez sans doute déjà aperçu sur l’écran de votre téléphone : Bilel Jkitou, 26 ans, est un boxeur avec un palmarès de 11 combats pour 11 victoires. Depuis ses débuts professionnels en février 2015, il est devenu Champion D’Afrique ABU et Champion WBC Méditerranée.

 

C’est aussi une star du réseau social Instagram, sur lequel il est suivi dans son quotidien par plus de 78.000 followers. Je l’ai rencontré pour l’interroger sur la gestion de sa communication en ligne, les bénéfices qu’il en retire, et ses conseils pour les sportifs voulant s’auto-promouvoir.

Comment as-tu débuté sur Instagram ?

 J’ai commencé mon Instagram au moment où j’ai réellement repris la boxe, c’est à dire en 2013. Quand j’ai ouvert mon compte, c’était tout nouveau à l’époque, je ne connaissais pas du tout. Je postais tout et n’importe quoi : des photos de moi à l’entrainement, des extraits de mes combats amateurs, etc. Et ça a tout de suite marché, des gens ont été interressé par mon contenu, j’avais déjà un certain nombre de followers (alors que je boxais seulement à un petit niveau !).

 

Et moi, je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié. Je kiffe la boxe, je ne vais pas cacher ce que j’aime faire. Je suis boxeur, donc je poste ce que je vis. Si j’avais été un chanteur, j’aurais fait pareil : des vidéos de freestyle dans ma chambre, comme pleins de gens. Regarde le petit violoniste d’Instagram (@amine_d1). Beaucoup de musiciens savent faire la même chose que lui, mais c’est le seul qui a su se mettre en lumière.

 

Les boxeurs en France sont un peu pudiques à ce sujet, et c’est dommage. C’est ce qui peut leur donner de l’exposition, ce qui leur permettra de s’auto-promouvoir en dehors des réseaux classiques (télés, journaux sportifs, radios, etc). Si tu ne fais pas ta propre pub, qui la fera à ta place ?

On te voit souvent faire des vidéos dans des endroits incongrus, avec des paires de gants flashy et des habits extravagants. Des types comme toi, qui boxent avec un béret et des gants roses au pied de l’Arc de Triomphe, on en croise pas tout les jours… D’où te vient cette inspiration ?

*Rires* Franchement, rien n’est calculé. Déjà, je kiffe m’acheter des habits. C’est pour ça que tu me vois habillé différemment sur plein de vidéos.

Pour les gants, c’est une manie de toujours vouloir le meilleur matériel disponible, depuis que j’ai commencé la boxe. De la même façon qu’un ouvrier voudra avoir les meilleurs outils pour faire son travail, j’ai besoin du meilleur matériel pour accomplir le mien : boxer !

Comment se passe un tournage ? As-tu une équipe qui te suit, qui monte tes vidéos ?

J’ai commencé la boxe avec un pote qui s’appelle Nicolas Sene (@nicolaseneoff), et c’est lui qui s’occupe de mes vidéos . J’essaye de montrer le côté artistique de la boxe, à la limite du cinéma. Nicolas étant réalisateur, il m’aide beaucoup à travailler mon contenu dans ce sens.

 

Mais la majorité de mes vidéos sont filmées et montées avec mon téléphone. Mon petit cousin, mes potes, tout le monde essaye de me filmer pour avoir du contenu à poster. C’est ce que j’essaye d’expliquer à mes amis qui sont entraîneurs, boxeurs, éducateurs sportifs, etc : si tu ne montres pas ton travail, c’est comme si tu n’avais pas travaillé. Même en faisant le meilleur travail du monde, il faut le montrer pour le faire exister aux yeux de ton public ou de tes clients. Et ça demande très peu de moyens, il faut juste se lancer.

Et sinon, ça paye bien d’être connu ? Quelles sont les retombées positives pour toi ?

J’ai beaucoup de demandes de partenariat, de pubs, etc… Je ne veux pas trop rentrer dans ce domaine, je ne suis pas un influenceur. Je reste avant tout un sportif. Quand j’apprécie déjà un produit, je peux accepter de faire un partenariat, mais franchement je refuse pleins de trucs.

 

Au niveau de ma ville (Nanterre, ndlr), beaucoup de jeunes me soutiennent et la mairie apprécie de m’avoir comme figure positive et fédératrice. Ça me permet d’avoir leur soutien quand j’ai des projets. Par exemple, avec leur aide, j’organise un gala de Boxe le 29 juin au Palais des Sports de Nanterre.

Pour la boxe, les promoteurs sont plus intéressé par un boxeur connu qui fait vendre des places. C’est aussi pour ça que j’essaye toujours de faire le show ! En montant sur le ring déguisé, en essayant de placer des gestes techniques compliqués, je veux faire plaisir au public qui s’est déplacé pour me voir. Et je pense que les promoteurs aiment cette plus-value que j’apporte.

 

Instagram m’a aussi permis de me faire connaître en dehors des frontières françaises : un entraîneur canadien m’a même proposé de venir faire un sparring  rémunéré contre son boxeur. C’est une opportunité que je n’aurais jamais eu sans les réseaux sociaux.

Et en terme de payes lors de tes combats ?

Je ne ressens pas encore l’impact de cette “notoriété” sur les payes qu’on me propose lors des combats. Même pour les sponsors, je n’ai pas encore eu de propositions vraiment alléchantes.

 

Je n’ai pas d’agent, ce sont mes frères qui font ce travail pour moi. Peut-être que si j’en avais un… mais je ne veux pas en prendre, je préfère gérer mon business en famille. Un agent, ça préférera toujours son propre intérêt avant celui du sportif qu’il représente.

Pendant longtemps, le monde de la boxe avait une devise : “Ce qui se passe dans la salle d’entrainement reste dans salle d’entrainement”. Bien que cette mentalité ait totalement changé, reste-t-il des aspects de tes séances que tu désires conserver confidentiels et ne pas poster en ligne ?

J’essaye de ne pas poster des sessions sparrings trop violentes. Mettre des vidéos de mecs que j’allonge à l’entrainement, je trouve ça irrespectueux. Les Américains font beaucoup ça ! Mais c’est pas trop mon délire, c’est un manque de respect. Tout le monde peut se faire coucher à l’entrainement, il faut respecter ses partenaires.

 

Par contre, je n’ai aucune limite pour poster ce qui arrive pendant mes combats. De toute façon, ils passent à la télé et ils sont disponibles sur Youtube. Pourquoi je ne posterais pas mes highlights sur Instagram ?

Quels sont les comptes Instagram qui t’inspirent dans le contenu qu’ils proposent ?

En dehors de la boxe, je m’entends super bien avec Booba (@boobaofficial) et j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il poste un peu tout, du contenu personnel aux blagues, et c’est presque devenu un média à lui tout seul ! C’est le Français le plus suivi sur Instagram. J’essaye d’être dans la même optique.

 

Au niveau de la boxe, je kiffe le contenu que propose Ryan Garcia (@Kingryang). De base, il est plus connu pour son compte Instagram que pour ses combats ! D’ailleurs, c’est l’exemple que je prends quand je croise un hater. “Pourquoi est-ce que tu n’aimes pas mes vidéos, alors que tu kiffes quand Ryan Garcia fait pareil ? Parce que c’est un étranger ?”

 

Sur le ring, il est très fort, mais c’est sa communication qui l’a fait connaître et qui a fait la différence. Aujourd’hui, il a été signé chez Golden Boy Promotions et boxe dans les grands casinos de Las Vegas… notamment grâce à son compte Instagram !

Pour finir, que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Je boxe le 29 juin au Palais des Sports de Nanterre pour une ceinture WBC Francophone. On s’y perd un peu, avec toutes ces ceintures… Mais le but reste le même : monter au classement de la WBC (la fédération mondiale la plus prestigieuse). Un peu comme Nordine Oubaali, qui a aussi suivi ce chemin. Il est monté dans les classements, jusqu’à avoir une chance mondiale. J’espère pouvoir atteindre également cet objectif !

 

Le 29 juin, étant organisateur de la soirée, je vais tenter de proposer un vrai spectacle au public : des combats avec plusieurs entractes composées de showcases d’artistes. Le but est de s’ouvrir à un public qui n’a pas forcément envie de regarder quatre à cinq heures de combats à la suite ! Je veux proposer une offre qui correspond à leur demande.