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Benjamin Da Cunha : Parcours d'un combattantLe 30/08/2019

Benjamin Da Cunha, 26 ans, a fait le choix de partir vivre et s’entraîner de l’autre côté de l’Atlantique. Il revient pour Overhand sur son périple, ses ambitions et sa vie de boxeur à l’étranger.

Comment un jeune de Mantes-La-Jolie se retrouve-t-il à boxer sur les rings de Tijuana ?

J’ai commencé la boxe dans le club de ma ville, à Mantes-La-Jolie. J’avais un ami qui boxait dans ce club, et on mettait parfois les gants ensemble en bas de chez moi… J’ai voulu m’inscrire dans son club pour rattraper son niveau. Mais c’était un petit club, qui ne proposait pas énormément de combats amateurs à leurs boxeurs : je n’ai boxé qu’une dizaine de fois en 3 ans chez eux. Le club a fermé et je me suis dirigé vers le club des Mureaux (BAM L’Héritage ndlr). Là-bas, j’ai pu participer aux championnats régionaux et nationaux, avant de passer professionnel l’année suivante.

 

Mes débuts professionnels ont été compliqués. Je me suis incliné aux points lors mon premier combat pro contre Christopher Legendre qui avait déjà 15 combats à son palmarès, chez lui. Je n’étais pas vraiment d’accord avec la décision des juges. Mon deuxième combat à Chanteloup-les-Vignes contre Pierre Morange se clôt sur une défaite par décision partagée (que je ne comprends pas non plus). J’ai ensuite essuyé une troisième défaite aux points, contre un adversaire qui boxait à domicile. Elle a été l’élément déclencheur qui m’a mis face à l’évidence : boxer en France ne fonctionnait pas pour moi.

 

Mon but dans la boxe a toujours été de partir aux Etats-Unis. Je voulais le show, les paillettes et le strass qui entourent la boxe dans ce pays. Je fais de la boxe pour le spectacle, c’est ça qui me fait kiffer. La plupart des boxeurs français sont appelés de l’autre côté de l’Atlantique quand ils arrivent au bout de leur carrière, je ne voulais pas attendre autant de temps avant de vivre mon rêve.

 

En arrivant aux Etats-Unis, je n’avais pas les bons contacts qui permettent de s’épanouir dans le milieu. J’ai été envoyé au casse-pipe dans un combat organisé par Golden Boy Promotions contre Raymond Muratalla, un très bon boxeur qui est actuellement à 8 victoires en 8 combats. Je m’incline aux points, sans contestation possible, malgré un beau combat de ma part. Dans les gradins, un promoteur mexicain a été impressionné par ma performance et mon envie de vaincre dans une situation compliquée. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais donné les moyens et l’encadrement d’aller loin dans ma carrière, et il m’a proposé de venir boxer sous son égide à Tijuana. J’étais dégoûté de ma défaite donc j’ai préféré m’éloigner quelques temps des rings, mais j’ai pris son numéro pour le recontacter.

 

Entre temps, la fédération de Boxe du Cap-Vert m’a proposé de me naturaliser pour que je participe aux Jeux Olympiques sous leurs couleurs. L’idée de participer aux Jeux a fait son bout de chemin dans mon esprit, et j’ai décidé de tenter l’aventure avec mon pays d’origine : le Portugal. Seul problème, la fédération de Boxe portugaise n’existait plus suite à des soucis financiers. J’ai rencontré le ministre des Sports afin de relancer la fédération, mais le processus prenait trop de temps. J’ai donc recontacté le promoteur mexicain qui m’avait approché lors de mon dernier combat. Il m’a fait venir à Tijuana pour m’entraîner et me remettre en forme avant de me faire boxer, et j’ai enchaîné 3 victoires par KO en trois semaines. Je suis revenu en France pour changer d’air, avant d’y retourner une nouvelle fois pour gagner un combat par KO.

 

Après des courtes vacances d’été en France, je viens de retourner aux Etats-Unis pour préparer un combat contre Elvis Rodriguez à Los Angeles le 20 septembre. J’ai eu des propositions de Top Rank, de Ringstar (promoteurs d’ampleur mondiale ndlr) mais je les sens mal, je préfère attendre un peu. Je vais peut-être enchaîner avec un autre combat en novembre.

As-tu déjà eu des propositions de combats en France, depuis ton départ à l'étranger ?

Des promoteurs de Monaco sont entrés en contact avec moi, mais rien de sérieux n’est né de ces discussions. La France m’intéresse, mais seulement sur les grosses soirées. J’ai pris goût aux vrais spectacles, aux ambiances chaudes du Mexique et de Los Angeles.

Comment s'est passé ton premier départ de France ? Avais-tu des contacts sur place ou était-ce un véritable plongeon dans l'inconnu ?

J’avais ma soeur qui habitait déjà aux Etats-Unis, mais à Miami, et quelques amis qui habitaient à Los Angeles et pouvaient m’héberger. J’ai aussi contacté des entraîneurs locaux, avant de partir, pour savoir si ils étaient intéressés pour m’entraîner. L’un d’entre eux, Daniel Valverde, m’a proposé de venir pour m’entraîner deux fois par jour avec lui et trouver des opportunités de boxer. Au vu de mon palmarès à ce moment (3 défaites pour 3 combats), trouver des combats s’est avéré plus difficile que prévu. Nous avons donc décidé de prendre le risque d’accepter la proposition de Golden Boy et de tenter notre chance.

Ne craignais-tu pas de tomber dans une arnaque, de rejoindre des personnes qui n'étaient pas digne de confiance ?

Bien sûr que si, c’était quitte ou double. Dans la vie, il faut prendre des risques. Personne ne réussit sans en prendre. Quand je suis parti à Los Angeles, mais également quand j’ai rejoins Tijuana, il y avait un vrai risque de tomber dans un traquenard ! Mais bon, quitte à tenter l’aventure, autant la tenter à fond.

Comment es-tu subvenu à tes besoins pendant ces longs séjours à l'étranger ?

Je suis parti avec mes propres fonds, et j’étais large pour vivre pendant quelques mois. À Los Angeles, j’ai pu faire quelques sparrings rémunérés contre des boxeurs de haut niveau (Joet Gonzalez par exemple, avec qui je mettais les gants deux fois par semaine). C’est un petit bonus qui ne fait pas de mal.

As-tu ressenti une différence dans la manières de s'entraîner entre le modèle français et le modèle américain ?

Dans l’entraînement, il y a une énorme différence entre les Etats-Unis et la France. En France, le problème est le temps de travail : les séances sont collectives et durent à peine deux heures. Trop d’informations sont donnés en trop peu de temps, c’est compliqué de les emmagasiner proprement. C’est difficile de faire du travail de qualité.

 

À Los Angeles, je m’occupe de ma préparation physique le matin (je cours, je fais mes circuits de musculation) et l’après-midi est réservé à la boxe. Tous les jours, l’entraîneur prend chaque boxeur aux pattes d’ours, ce qui n’est pas possible dans un cours collectif comme en France. Avoir le temps d’accorder un moment dans la journée à chaque aspect de l’entraînement me permet d’être en meilleur condition physique et de ne jamais me blesser.

 

Aussi, la vision de la boxe est différente. En France, on travaille beaucoup sur des combinaisons longues. La philosophie en France c’est de ne pas aller chercher le coup dur et de laisser le KO venir. Peut-être que la France est trop influencée par la boxe cubaine et le style olympique, qui est efficace chez les amateurs et très esthétique. Mais chez les pros, ça fonctionne moins bien.

Le style américain, enfin plutôt mexicain puisque je m’entraîne avec des mexicains de Los Angeles, c’est de travailler en qualité sur chaque coup. Chaque coup doit être puissant et efficace. La différence se ressent en sparring : ici, tout le monde sait frapper ! Ici, quand on frappe, c’est pour faire mal et allonger l’adversaire. Techniquement, il n’y a rien d’extraordinaire mais tout les coups sont efficaces. L’exemple parfait de cette mentalité, c’est Gennady Golovkin : la technique est réduite à sa forme la plus pure, la plus simple… Mais tous ses coups sont donnés pour détruire.

Le Mexique a une image, dans la culture populaire, de pays imprégné par la boxe dans toutes les strates de la société. Quelles sont les sensations quand on boxe dans ce pays, devant ce genre de public ?

Pour moi, Tijuana est la capitale mondiale de la boxe. Ils ont deux galas par semaine, qui accueillent une vingtaine de combats professionnelles par gala. Là-bas, tous les boxeurs peuvent avoir des combats très régulièrement. Les rues sont remplies d’affiches de boxe, la ville entière vit pour la boxe. C’est une chance pour moi, parce que les Mexicains aiment beaucoup la France ! Le public de mes combats aimait me voir sur le ring et j’ai reçu beaucoup d’amour de leur part.

 

Par contre, au niveau de l’encadrement, c’est un peu le bordel. Si tu es entouré par les bonnes personnes, tu peux boxer sans licence, sans même aller à la pesée. Tout le monde vient avec sa propre paire de gants, sans vérification préalable du matériel. Même le médecin s’en fout de ce qui se passe sur le ring ! C’est l’usine, les combats s’enchaînent. Tant qu’il y a des KOs, le public est content et ça leur suffit.

Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir un promoteur influent dans la ville. Personne n’ose tenter une arnaque contre lui et ses boxeurs, ça m’a évité beaucoup d’ennuis.

Après la France, les Etats-Unis et le Mexique, envisages-tu de partir boxer dans un autre pays ?

Je boxe pour les sensations, pour le spectacle, pour kiffer à fond. Dans cette optique là, j’aimerais avoir l’occasion de boxer dans des pays comme le Japon, l’Angleterre, ou au Portugal qui est mon pays d’origine.

 

Mais j’ai déjà pris beaucoup de risques en partant aux Etats-Unis puis au Mexique. Tout s’est bien passé pour moi mais je ne veux pas trop tenter la chance. Si ces occasions se présentent, je serais ravi de les accepter. Mais pour l’instant je sature un peu de partir à l’aventure sans filet de sécurité : je vais rester un peu là où j’ai mes repères.

Tu as eu une certaine notoriété pendant quelques temps sur Twitter. Peux-tu nous parler de cet épisode ?

Oui, avant j’étais sur Twitter. Et j’aime en faire des tonnes (rires). Quand je boxais, j’en parlais pendant des jours. Donc, quand j’ai perdu une fois, on m’est tombé dessus. Même chose quand j’ai perdu une deuxième fois. À ce moment là, je me suis dit que c’était fini pour moi et je me suis sauvé ! Mais encore aujourd’hui, des potes m’envoient des screens de tweets sur moi.

 

Les gens s’en foutent de savoir que tu te fais voler aux points parce que tu boxes à l’extérieur, ils n’ont pas vu mon combat mais aiment se réjouir du malheur des autres. Ils aiment voir quelqu’un échouer après avoir tenter, parce qu’ils se disent qu’ils ont bien fait de ne prendre aucun risque dans leur vie.

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