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Who's next ? : Terence CrawfordLe 18/11/2020

Considéré par certains comme numéro un de son sport, Terence « Bud » Crawford multiplie des accomplissements. Invaincu, champion du Monde dans trois catégories de poids, ancien champion indisputé des poids super-légers, il sévit désormais dans la catégorie des welters. Pourtant, ses qualités ne lui suffisent pas à sécuriser des combats de grande ampleur. Quelles pourraient être ses opportunités au cours des prochaines années ?

un conflit sans fin entre promoteurs

Depuis plus d’une décennie, c’est une guerre entre promoteurs qui empêche Terence Crawford d’affronter les meilleurs boxeurs de sa catégorie. Cette querelle, qui dure depuis 2006, aurait pour racine l’aide apportée par  Al Haymon à Floyd Mayweather Jr pour rompre son contrat avec Top Rank et le rejoindre.

 

Une plainte avait même été formulé par Top Rank à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars en dommages et intérêts avant de se solder par un accord confidentiel entre les deux parties. Plus récemment, c’est au tour de Golden Boy Promotions, mené par Oscar De La Hoya et Bernard Hopkins, de porter plainte contre Haymon. La tentative se révèle infructueuse, les deux promoteurs n’ayant pas réussi à prouver que Al Haymon empêche délibérément ses boxeurs d’affronter d’autres combattants d’une autre écurie. 

L’action en justice portait également sur la collusion entre Al Haymon et les promoteurs des différents boxeurs qu’il conseille. En effet, le doute a toujours été présent entre son activité de manager et celle de promoteur plus discrètement, les deux activités cumulées commettant une violation du Ali Act, une loi promulguée pour protéger les intérêts des boxeurs.

Les welters : une catégorie bouchée

Boxeur depuis 2011 sous l’écurie Top Rank, Terence Crawford s’est imposé comme un membre éminent du top 5 toutes catégories confondues. Si son promoteur a fait le nécessaire pour lui permettre de boxer les meilleurs super-légers de la planète — une division dans laquelle Top Rank possède les droits de beaucoup de boxeurs –, sa progression chez les welters n’a pas été aussi linéaire. Crawford peine à trouver sa place dans une division où l’entreprise PBC, dirigée par Al Haymon, est solidement implantée grâce à son roster composé d’entre autres : Errol Spence Jr, Shawn Porter, Yordenis Ugas, Keith Thurman, Manny Pacquiao, Danny Garcia et Jamal James, et qui s’affrontent quasi-exclusivement entre eux.

 

De ce fait, le parcours de Crawford est souvent remis en cause par les analystes et fans du noble sport, jugeant le manque de challenge présenté par ses adversaires comme préoccupant pour un boxeur de son âge (33 ans) même s’il n’a toujours pas donné des signes de déclin. Après avoir battu Jeff Horn pour la ceinture WBO, il défend avec succès cette ceinture à 3 reprises face à un Jose Benavidez Jr blessé à la jambe, ou encore un Amir Khan extrêmement décevant. Ses deux derniers challengers en date se nomme Egidijus Kavaliauskas et Kell Brook, combattant solide mais méconnu pour le premier, vétéran sur la pente descendante pour le second.

Au milieu de ce conflit, Terence Crawford se trouve dans un no man’s land et ne peut qu’assister aux combats entre les stars de PBC. Des rumeurs font état d’un échec rapide des négociations entre Top Rank et Danny Garcia il y a un an, puis Keith Thurman plus récemment. 

 

La WBO a annoncé Shawn Porter comme challenger numéro 1, et pourrait appeler Crawford à défendre obligatoirement sa ceinture en 2021. Le combat aurait pu être possible l’année dernière, mais l’amitié entre les deux boxeurs n’a pas particulièrement accéléré le processus. En clair, les deux boxeurs ne sont enclins à s’affronter que si le timing et l’argent sont au rendez-vous. 

 

Un arrangement bricolé à la dernière minute avec Kell Brook, signé le soir même du combat opposant Vasyl Lomachenko à Teofimo Lopez, lui permet de boxer pour la première fois depuis 11 mois. Et le pari s’avère gagnant lorsque Crawford pousse l’arbitre à arrêter son adversaire, après une série de frappes puissantes et autoritaires. Mais cette victoire ne satisfait pas les fans, qui n’attendent désormais qu’un seul nom : celui de son compatriote Errol Spence Jr.

Terence Crawford
Un deal était pourtant proche d’être conclut, au point où Bob Arum a pu promettre une chose à Crawford : un chèque d’un million de dollar en cas de d’échec à finaliser le combat avant la fin de l’année 2020. L’accident de voiture subit par Errol Spence en fin d’année dernière ralentit les négociations, et Arum devra peut-être finalement mettre la fin à la poche pour honorer sa promesse.

de l'eau dans le gaz avec Bob Arum

Convaincu par le niveau pugilistique de son boxeur phare, Bob Arum n’est pourtant pas satisfait de ses performance hors du ring. En cause, un comportement désintéressé de la part du Champion lors de plusieurs interviews, et plusieurs rendez-vous annulés à la dernière minute avec des grands médias nationaux. Après la victoire contre Kell Brook, Bob Arum se montre remonté et peu enclin à prolonger le contrat qui le lie à Terence Crawford (expirant en 2021 ndlr).

 

« Il doit se promouvoir comme Teofimo Lopez le fait. Il doit se promouvoir comme le fait Shakur Stevenson. Comme l’a fait Floyd Mayweather. Comme l’a fait Manny Pacquiao. S’il ne le fait pas, alors qui a besoin de lui ? Il est peut-être le meilleur boxeur du monde, mais je ne vais pas faire faillite en étant son promoteur. Je pourrais construire une maison à Beverly Hills avec l’argent que j’ai perdu sur lui au cours des trois derniers combats. Une belle maison. Personne ne met en doute les capacités innées et extraordinaires de Crawford. En battant un type naturellement plus grand, de manière décisive, c’est une grande déclaration qu’il fait. La question est : « Est-ce que ça paie les factures ? » Ecoutez, vous pouvez avoir le plus grand chanteur d’opéra du monde. Si les fans ne le soutiennent pas, vous êtes en faillite ».

 

Payé quatre millions de dollars pour son dernier combat, Terence Crawford représente un trop gros salaire pour se contenter du minimum syndical en terme de promotion… Au risque de se mettre son promoteur à dos.

Quelles opportunités pour la suite ?

Face à l’impossibilité de rencontrer les meilleurs poids welters signés chez PBC, et la convalescence d’Errol Spence retardant leur combat, plusieurs solutions s’offrent à Terence Crawford dans différentes catégories de poids.
Pacquiao Champion

En welters, un choc l’opposant à Manny Pacquiao semble inévitable. Discuté pendant quelques temps pour se tenir au Qatar (les autorités locales étant prêtes à payer le prix fort pour accueillir un tel combat), les conditions sanitaires ont finalement retardé la possibilité du combat. L’année 2021 pourrait voir ce combat signé, et Manny Pacquiao s’offrir un baroud d’honneur en or.

 

Dans la catégorie supérieure, Patrick Texeira offre une possibilité de titre dans une quatrième division. Sa ceinture WBO des poids super-welters semble abordable, bien qu’il ne permette pas à Terence Crawford d’ajouter un nom reluisant à son palmarès. De plus, Texeira devrait en premier lieu défendre son titre contre Brian Carlos Castaño. De plus, le titre est également en vue de Jermall Charlo, qui désirerait unifier les titres de sa catégorie.

 

Enfin, si la catégorie des poids welters est dominée par les boxeurs signés chez PBC, celle des super-légers appartient à Top Rank. Les deux Champions du Monde de la catégorie Josh Taylor (IBF, WBA) et José Carlos Ramirez (WBC, WBO) sont signés chez Bob Arum et offrirait des possibilités de combats pour Terence Crawford.

Parmi tous ces choix, le plus probable reste celui de Manny Pacquiao. Le Phillipin, âgé de 41 ans, ne crains aucun défi et sa dernière victoire face au fougueux Keith Thurman a montré que ses crocs sont toujours aiguisés. Avec un contrat arrivant à expiration, l’année 2021 de Terence Crawford s’annonce trépidante : Bob Arum autorisera-t-il son boxeur à affronter un grand nom et ainsi gagner en crédibilité, alors que la possibilité de le perdre au profit d’un autre promoteur semble plus proche que jamais ?