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Muhammad Ali vs Floyd Patterson : Poids lourds et amour fraternelLe 23/07/2019

Astrodome de Houston, 6 février 1967. Les mots de Muhammad Ali résonne dans la salle.

 

« What’s my name ? »

 

« What’s my name ?! »

 

Ernie Terrell, qui avait refusé d’arrêter d’utiliser le nom « Cassius Clay » pour désigner son adversaire, n’en mène pas large. Ses yeux ont été partiellement fermés par les coups d’Ali. Les rounds passent et se ressemblent : Ali les remporte tous, un par un.

Bien que ce combat soit resté dans les annales grâce à cette phrase qu’Ali répète au fil des rounds comme une incantation, la situation n’est pas nouvelle pour lui : depuis 1965 et son rattachement à la Nation Of Islam, plusieurs boxeurs continuent de l’appeler Cassius Clay. Parmi eux, Floyd Patterson.

 

« Je n’ai jamais dis que mon nom était Cassius Clay. Mon nom est Muhammad Ali et tu le prononceras juste ici, au centre du ring, si tu ne le fais pas maintenant. Tu agis comme un Oncle Tom, un nouveau Floyd Patterson. Ma punition sera terrible ! »

Pour certains, Floyd Patterson est le plus jeune Champion du Monde Poids Lourds (avant de voir son record battu par un certain Mike Tyson). Pour d’autres, il est le premier Champion du Monde formé par Cus D’Amato (il sera succédé par José Torres et Mike Tyson). Champion Olympique en 1952, il est l’un des acteurs de la génération dorée des poids lourds. Fort de 64 combats pour 55 défaites, il croise le fer avec les meilleurs : Archie Moore, Sonny Liston, ou encore Muhammad Ali.

Ali vs Patterson : Deux Amériques qui s'opposent

Adulé après sa retraite et considéré par certains comme le plus grand sportif de tout les temps, Muhammad Ali ne bénéficie pas de la même unanimité pendant sa carrière. Noir, grande gueule et Nation Of Islam ne sont pas une bonne recette pour plaire à l’Amérique des années 1960. Son premier combat après sa conversion, son changement de patronyme et sa victoire éclair face à Sonny Liston l’oppose à Floyd Patterson. Le pays entier soutient Patterson, et Frank Sinatra l’enjoint de « regagner le titre pour l’Amérique. » Après plusieurs conférences de presse mouvementées, pendant lesquels Ali traite son adversaire « d’Oncle Tom » pour l’avoir appelé Cassius Clay, les deux boxeurs se retrouvent sur le ring.

 

Et Ali Domine le combat de bout en bout… Mais sans forcer le knock-out. A tel point que la scène devient embarrassante pour les spectateurs, qui accuseront Ali de prendre un malin plaisir à torturer son adversaire au lieu de l’achever. Après 12 rounds de punition, l’arbitre arrête le combat.

 

En 1972, une revanche verra Ali ouvrir l’oeil de Patterson et forcer un arrêt du médecin au 6e round. Cette défaite mettra fin à la carrière de Floyd Patterson.

 

Cette rivalité, bien que différente de celles qui opposaient Muhammad Ali à Joe Frazier ou Ken Norton, fait partie de l’histoire de la boxe. Et si elle n’était finalement qu’un coup monté ?

une amitié de longue date

L’histoire liant Muhammad Ali à Floyd Patterson commence en 1960. Le jeune Cassius Clay fait partie de l’équipe Américaine Olympique, au sein de laquelle il gagnera une médaille d’or aux Jeux de Rome. Patterson visite plusieurs fois l’équipe, en tant qu’ancien membre et lui-même médaillé d’or 8 ans plus tôt. Les deux hommes, bien que d’âges différents, noue une amitié solide et durable.

 

Cette amitié résistera même à la conversion de Clay à la Nation Of Islam, malgré la désapprobation de son aîné (qui participait alors activement au mouvement de lutte pour les droits civiques, et dont les idéaux divergeaient de ceux de la Nation). Conscient de la mauvaise image que lui apportait cette conversion, Ali saute sur l’occasion :

 

« Hé Floyd, ça te dit qu’on fasse un peu d’argent tout les deux ? »

Les deux amis se mettent d’accord. Ali surjouera son rôle qui le rend détestable pour l’Amérique de l’époque : celui du Noir trop sûr de lui, trop insolent. Patterson n’avait qu’à lui donner la réplique. Et le plan fonctionne à merveille, puisque leur affrontement devient l’un des combats les plus suivis et attendus de l’époque.

Deux combats factices ?

Mais le hasard s’invite dans la danse, et Floyd Patterson se blesse à quelques jours du combat : un poids lui tombe sur le dos, provoquant une immense douleur. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, son entraîneur Dan Florio décède subitement. Blessé, orphelin d’entraîneur, Patterson refuse de repousser le combat : il montera sur le ring coûte que coûte. 

 

Le 22 novembre 1965, les deux amis se retrouvent sur le ring. Ali, au courant de la blessure de son adversaire, ne souhaite pas s’acharner sur un homme affaibli : il danse sur le ring; bouge, touche mais sans puissance, gagne ses rounds les uns après les autres en attendant patiemment que l’arbitre arrête le combat. Patterson, à la peine suite à sa blessure au dos, sera arrêté au douzième round. Il déclarera pourtant plus tard qu’il n’a jamais été frappé de manière aussi douce sur un ring. Ainsi, la « séance de torture » infligée par Ali à un adversaire « qu’il souhaitait humilier sans l’achever », tel que ce combat est encore aujourd’hui décrit dans la presse, n’en était pas une.

 

En 1972, Floyd Patterson a quelques soucis avec l’IRS. Conscient de l’état des finances de son ami, Ali lui propose de répéter le plan qui leur avait rapporté un confortable butin quelques années auparavant. Ali remporte cette revanche, et Patterson prend sa retraite des rings.

Cassius Clay ou Muhammad Ali ?

Au cœur de la supposée rivalité opposant Floyd Patterson à Muhammad Ali, le patronyme de ce dernier ne pose aucun problème en privé. Et pourtant, c’est bien le nom Cassius Clay qui est utilisé ! Patterson, atteint d’un trouble du langage, éprouve des difficultés à prononcer correctement le nom « Muhammad ». Peu après leur première opposition, il demande à Ali la permission de continuer à l’appeler Cassius.

 

« Pas de problême, Floyd », réponds Ali avec un sourire. 

 

Quelques années plus tard, Ali déclare que Floyd Patterson est la seule personne qu’il autorise à encore l’appeler Cassius Clay.