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Manny Pacquiao : Trop bon pour être honnête ?Le 07/08/2019

Le 20 juillet dernier, 12 rounds solidement menés permettent à Manny Pacquiao de remporter une décision partagée face à Keith Thurman. Véritable démonstration de force de la part d’un boxeur quarantenaire, usé par 71 combats professionnels et qu’on croyait au bord de la retraite, cette victoire relance un débat qui a longtemps agité le monde de la boxe : Manny Pacquiao est-il trop bon pour ne pas être dopé ?

Teddy Atlas, entraîneur de multiples Champions du Monde et commentateur TV, mets en doute l’intégrité de Manny Pacquiao.

 

Atlas entraînait Tim Bradley, qui a subit deux défaites face au Philippin avant de se retirer des rings.

Retour sur une carrière sans précédent

Manny Pacquiao découvre la boxe professionnelle en janvier 1995, dans son archipel philippin natal. Âgé de 16 ans, il pèse alors 48,1 kgs et s’impose par décision unanime lors d’une soirée discrète. Le 4 décembre 1998, l’adolescent décharné monte sur le ring pour son premier championnat du Monde. Son style, aujourd’hui célèbre, est déjà discernable : un gaucher aux appuis dynamiques qui soutiennent des frappes sèches et puissantes, et une organisation défensive défaillante compensée par une production de coups généreuse. Le Champion du Monde défendant, Chatchai Sasakul, en fera les frais : il tombe inconscient dans la 8e reprise, offrant son premier titre mondial au jeune Pacquiao.

 

 

Le premier d’une longue série, puisque Manny Pacquiao deviendra le seul boxeur Champion du Monde dans 8 catégories de poids différentes : des poids mouches aux super-welters, le Phillipin affronte et domine tous les meilleurs de sa génération. Sa volonté d’agresser constamment son adversaire, d’imposer un duel physique qu’il finit toujours par remporter, a fait de lui l’un des boxeurs les plus excitants de notre siècle.

 

Mais avant ces victoires viennent plusieurs échecs. La première en février 1996, lorsque Rustico Torrecampo l’envoie au tapis d’un coup d’épaule que l’arbitre ne remarque pas. Manny Pacquiao ne se relèvera pas avant la fin du décompte de l’arbitre et sera déclaré KO. La deuxième en 1999, peu après sa victoire contre Sasakul : épuisé par son régime imposé par sa catégorie de poids, il tombe suite à un coup au corps délivré par Medgoen Singsurat.

De ces défaites naît la machine de destruction qui sera nommée Boxeur de la Décennie : entre sa deuxième défaite en carrière en 1999 et sa victoire par KO contre Miguel Cotto en novembre 2009, Manny Pacquiao combat 28 fois et remporte 26 de ces affrontements, dont 21 par KO. Durant ce laps de temps, il passe de 55,3 kgs à 66,7 kgs sans que cette prise de poids ne diminue sa puissance et sa capacité à envoyer ses adversaires au pays de Morphée.

 

Sa bonne étoile disparaît durant cette année 2009, puisqu’il ne remporte plus aucun combat par KO après sa victoire contre Miguel Cotto. L’âge qui impacte explosivité musculaire, la perte de l’instinct du tueur, semblent avoir eu raison du héro des Philippines. Une défaite dévastratrice contre Juan Manuel Marquez et une défaite aux points très discutables face à Timothy Bradley Jr (l’une des décisions des plus controversées des dernières années) ponctue cette deuxième moitié de carrière. Une défaite contre Jeff Horn en juillet 2017 semble sonner le glas pour Manny Pacquiao. Devenu député au parlement philippin en 2016, une retraite des rings pour se consacrer à sa carrière politique est pressenti au sein du monde de la boxe.

 

Mais l’appel des gants est trop fort, et Manny Pacquiao annonce son retour face à Lucas Matthysse un an après sa défaite contre Jeff Horn. Vétéran aguerri et habitué aux affrontements violents, Matthysse s’incline par arrêt de l’arbitre au 7e round face à un Manny Pacquiao qui semble avoir retrouvé sa jeunesse. Le philippin affrontera ensuite Adrien Broner et Keith Thurman, et s’impose aux points lors de ces deux combats.

Des éléments suspects

Mises régulièrement en avant par ses détracteurs, les raisons de croire à un dopage ponctuel ou continu de Manny Pacquiao sont nombreuses.

 

Sa prise de poids au cours de sa carrière est l’élément qui attire le plus de suspicions au sein du monde de la boxe. Pesé à 48,1 kgs lors de son premier combat, Manny Pacquiao culminera à une masse de 66,7 kgs (le 9 juin 2012 contre Timothy Bradley), soit une augmentation de +38% de son poids initial en 17 ans. Répartie uniformément sur ce laps de temps, ce n’est pas la prise de masse mais la constance de niveau du boxeur philippin au fil des années et des catégories de poids qui interroge certains experts : comment est-il possible de monter en poids sans perdre en vitesse et en puissance de frappe ?

 

Sa capacité à encaisser les coups alimente également les soupçons. Défait à deux reprises par KO par des poids mouches, Manny Pacquiao montrera dans la suite de sa carrière une résistance aux coups bien différente. Adepte d’une défense peu efficace puisque porté vers l’attaque, il est régulièrement ébranlé par des contres puissants mais ne fléchit pas.

La polémique enfle lorsque, convaincu du dopage de son rival, Floyd Mayweather Jr impose des mesures drastiques de contrôle comme condition sine qua non à un possible combat contre Manny Pacquiao… Condition que le clan de Pacquaio refusera pendant plusieurs années avant d’arriver à un accord qui donnera naissance au tristement célèbre « Combat du Siècle ».

 

Enfin, son retour sur les rings après une performance décevante contre Jeff Horn et un an d’absence (sans contrôles anti-dopage puisque supposé à la retraite ?) n’est pas passé inaperçu. Incapable d’arrêter un adversaire avant la limite depuis 2009, un Manny Pacquiao de 39 ans met fin à la carrière d’un vétéran reconnu pour sa dureté en l’envoyant au tapis. Sa domination, à 40 ans et après avoir été usé par 70 combats professionnels, contre deux tops welterweight (Adrien Broner et Keith Thurman) dans la force de l’âge, est un signe évident de dopage pour de nombreux observateurs.

Absence de preuves directes et mauvaise foi des accusateurs

Chacun des éléments ci-dessus est à replacer dans son contexte.

 

La prise de poids de Manny Pacquiao ne s’accompagne pas d’une baisse de niveau mais a lieu entre ses 16 ans et ses 30 ans, période de progression physique et technique de tous les athlètes. Ses deux défaites par KO, comme précisés plus haut, sont la conséquence d’un coup interdit (coup d’épaule au visage par Rustico Torrecampo) et d’un coup au corps après un dur régime privatif : sa capacité à encaisser les coups au visage n’a pas été la cause de ces défaites dans des catégories de poids basses.

 

Sa mauvaise performance contre Jeff Horn et son retour en forme contre Lucas Matthysse est explicable par sa sur-implication dans son rôle de député au détriment de ses obligations de boxeurs (entrainement, préparation physique, etc) qu’il accepte de délaisser partiellement lors de son retour. Matthysse, défait par abandon face à Viktor Postol en 2015, n’a jamais retrouvé le niveau de grinta et de hargne qui le définissait auparavant : sa défaite par TKO contre Manny Pacquiao pouvait être prévisible.

 

De même, Adrien Broner n’a jamais brillé face à des boxeurs du niveau de Manny Pacquiao, et une victoire par décision partagée face à Keith Thurman ne représente pas une preuve de dopage.

 

Enfin, comme le rapporte Sean Gibbons et The Ring Magazine, Manny Pacquiao a été soumis à 3 tests aléatoires, de sang et d’urine, pendant sa dernière préparation. Il a ensuite été testé 2 fois le soir du combat : une première avant de monter sur le ring, une seconde en descendant de l’enceinte. Ces cinq tests sont revenus négatifs. Manny Pacquiao est également engagé au sein du programme WBC Clean Boxing Program, qui permet aux institutions de procéder à des tests aléatoires pendant et en dehors de ses périodes de préparation, 365 jours par an.

 

A l’inverse de nombreux boxeurs de sa génération (Canelo, Tyson Fury, James Toney, Alexander Povetkin, Dillian Whyte… et même Floyd Mayweather Jr), Manny Pacquiao n’a jamais fait l’objet d’un contrôle anti-dopage positif en 25 ans de carrière. En 2012, il remporte un procès en diffamation concernant des accusations de dopage qui l’opposait à Floyd Mayweather Jr et Oscar De La Hoya.

 

Présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, Manny Pacquiao semble avant tout victime de sa réussite insolente et coupable d’avoir accompli ce que personne n’avait réussi avant lui.