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Kristian Laight : Vivre pour perdre, perdre pour vivreLe 26/03/2019

Depuis presque une décennie, le monde de la boxe ne tourne qu’autour d’un chiffre : le zéro. À l’origine de cette tendance se trouve Floyd Mayweather. Sa période de domination écrasante, aussi bien en terme de communication que sur le ring, a laissé des traces qui peinent à s’effacer. De nombreux boxeurs en herbe tentent de copier son style, sa manière d’éviter les coups avec nonchalance, et la garde Philly Shell (prisée dans les années 30) revient à la mode.

 

Son impact s’est également fait ressentir dans le domaine de la gestion d’une carrière. En prenant sa retraite sur un bilan de 0 défaite, il établit une nouvelle norme valorisant l’invincibilité d’un boxeur, plutôt que son nombre de ceintures ou les adversaires vaincus. Pendant plusieurs années, des boxeurs sont allés jusqu’à s’éviter et même rester inactif dans l’unique but de préserver leur palmarès d’une défaite.

 

Le 28 juillet 2018, à des kilomètres des lumières enivrantes de Las Vegas qui ont vu briller Floyd Mayweather, Kristian Laight prend sa retraite. Son nom est inscrit dans les livres d’histoire de la boxe, malgré son quasi-anonymat. Aux antipodes de cette culture du boxeur invaincu, il est l’actuel détenteur de deux records : le plus grand nombre de défaites en carrières (279), le plus grand nombre de défaites consécutives (53).

La naissance d'une légende

Au début des années 2000, Kristian Laight, 22 ans, vit encore chez ses parents. Son travail l’ennuie, et ne lui permet pas de s’installer seul. Du haut de sa maigre expérience en boxe amateur (une dizaine de combats), on lui recommande de passer chez les professionnels. Envisager de gagner un salaire grâce à la boxe ? C’est une idée qui lui plait. Il devient professionnel en septembre 2003, perd ses cinq premiers combats, et remporte le sixième. Mais le résultat importe peu : chaque combat lui rapporte 500£. Cette nouvelle source de revenus change sa vie, au point de décider de boxer tout les week-ends.

 

« Je savais pertinemment que je ne serais jamais Champion du Monde, et que je n’accomplirais rien de spécial. Mais j’ai commencé à être payé 500£/combat, et ces sommes ont changé ma vie. Je perdais 90% de mes combats, mais j’étais heureux. »

 

De manière presque naturelle, perdre devient son job à plein temps.

“Mr Reliable”, un professionnel appliqué à sa tâche

Au fil des années et des combats, les promoteurs lui trouvent le surnom “Mister Reliable”. L’homme qui ne refusait jamais une offre de combat.

Son job est simple : monter sur le ring face à un adversaire meilleur que lui, souvent un jeune espoir, et lui donner le maximum de fil à retordre. Ses adversaires en tirent un précieux gain d’expérience, et Laight touche en contrepartie un salaire permettant de nourrir et loger sa famille. 

 

Mais ce métier est plus difficile qu’il n’y paraît ! Il ne doit pas prendre de coups durs inutiles, pour être en état de boxer une nouvelle fois le week-end suivant. Et surtout, il doit tout faire pour ne pas perdre par KO, car un knockout entraîne une suspension médicale de 28 jours (et donc un chômage technique, sans salaire).

Vivre avec la défaite

Mais comment survivre mentalement face à ces enchainements de défaites ?

 

« C’est dur. Je ne vais pas mentir, il m’arrive de me regarder dans le miroir et de me demander “mais qu’est ce que je suis en train de foutre ?”. Perdre, perdre, et perdre encore.

 

Parfois, je me sens un peu déprimé. Mais c’est un job. Mon fils va à la crèche, il ne manque de rien. Je paye mes factures en temps et heure, je garde ma tête hors de l’eau. Je ne peux pas me plaindre ! Je ne prends d’ordre d’aucun patron. Je me lève et me couche comme je veux, et gagne mon pain en faisant ce que j’aime. Et quand on demandera à mon fils si il a jamais manqué de rien, il pourra répondre que j’ai subvenu à ses besoins de la manière la plus dure qui soit. »

 

Cette force mentale permettra à Laight de monter 300 fois sur le ring en 15 ans. Il deviendra même une icône dans sa région, symbôle du perdant magnifique, celui qui ne laisse aucune défaite le mettre à terre, et marche toujours la tête haute.

Et après ?

Sa carrière terminée, Laight aimerai rester dans le circuit via d’autres rôles. Promoteur, entraîneur, manager, conseiller… son expérience (300 combats et 1390 rounds) lui assurent de trouver un job dans le monde de la boxe britannique. Si son avenir n’est pas encore certain, sa place dans l’histoire du sport qui l’a nourri est garanti.