Partagez l'article sur les réseaux sociaux

Hommage à Ricardo "El Finito" LopezLe 08/01/2020

Par Ted T.

Dans l’ombre de la popularité des catégories aimés du grand public que sont les poids lourds ou les poids moyens, d’autres catégories de poids plus basses peinent à engranger de l’engouement. Pourtant, ces catégories très peu médiatisées et suivies par les fans ont vu passer d’excellents combattants qui font partie intégrante de l’histoire de la boxe. Parmi ces « petites » catégories, la catégorie poids paille dont le plus grand champion a été Ricardo « El Finito » Lopez.

 

Grand nom souvent oublié dans les discussions du meilleur boxeur de tous les temps, son palmarès amateurs comme professionnel n’a pourtant rien à envier aux autres grands champions.

La genèse

Ricardo Lopèz naît le 25 juillet 1966 à Cuernavaca au Mexique. Enfant toujours joyeux et très agité, il passe la plupart de ses journées à jouer dehors avec ses amis. La seule activité capable de le maintenir dans le foyer familial est la diffusion des soirées de boxe que son père organisait pour lui et ses frères. Sa passion et son admiration pour la boxe grandit à chaque combat visionné. Le passage de l’admiration à la pratique se fait lorsqu’il demande à son père de l’inscrire dans une salle de boxe, à 7 ans. C’est Arturo Cuyo Hernandez, alors considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs au monde, qui l’accueille dans sa salle. Installé depuis peu à l’Avenida Gym, il apprend à Ricardo les bases de la coordination et des déplacements.

 

Après quelques mois d’entraînements, l’implication mise par Ricardo dans ses séances pousse Arturo à lui permettre de devenir sparring partner d’autres jeunes expérimentés. Désireux de briller, Ricardo demande à son entraîneur si il aura la possibilité de devenir Champion du Monde. Arturo lui répond qu’en maintenant la même motivation et les mêmes efforts, il pourrait accomplir ce rêve.

Carrière Amateur

Les Gantos de Oros de 1981 sont la première compétition de Ricardo Lopez. Il découvre alors la foule, l’excitation, la peur de monter sur le ring inhérente à tous les combats. Toutes ces émotions ne le déconcentrent pas assez pour le détourner de sa mission, puisqu’il s’impose à six reprises pour finalement remporter le tournoi. Excité par sa réussite, il achète tous les journaux du lendemain mentionnant sa performance pour les montrer à sa famille, et propose même à une journaliste de l’interviewer. Son entourage ne partage malheureusement pas son enthousiasme, et pense que la boxe est une simple occupation qui lui passera avec le temps.

 

Mais le temps passe, et la boxe reste. La réussite reste également : Ricardo Lopez remporte les Gantos de Oros quatre années de suite, de 1981 à 1984.

Carrière Professionnelle

Ricardo Lopez passe dans les rangs professionnels le 18 janvier 1985, quelques mois après avoir remporter son quatrième et dernier titre aux Gantos de Oros. Son premier combat chez les rémunérés tient place dans sa ville natale de Cuernavaca, et il s’impose par KO à la troisième reprise. Pendant les cinq années suivantes, aucun boxeur ne lui résiste. Il combat 26 fois, et remporte toutes ses oppositions. Un tel enchaînement de victoires le porte au sommet de sa catégorie, et une opportunité mondiale se présente en octobre 1990. Le Japonais Hideyuki Ohashi, détenteur de la ceinture WBC des poids pailles, le défie dans son fief du Korakuen Hall de Tokyo qui l’a vu disputer tous ses combats professionnels. C’est dans cette salle mythique que Lopez remportera son premier titre mondial, devant un large public mexicain qui a fait le déplacement. Ohashi, pourtant largement favori, s’écroule dans le cinquième round après avoir reçu un crochet gauche et peine à se relever. Déjà tomber plusieurs fois dans les rounds précédents, il est arrêté par l’arbitre.

 

Un drame frappe l’entourage de Ricardo Lopez un mois plus tard, lorsque son entraîneur Arturo Hernandez décède. Malgré le deuil, Lopez sa ceinture fraîchement gagnée pour la première fois en mai 1991 face au Japonais Kimio Hirano. Il enchaîne ensuite avec vingt défenses de titres face à des challengers de tous les horizons, avant de s’intéresser aux autres ceintures de sa catégorie. Le 27 juillet 1997, il rencontre Alex Sanchez, le Porto Ricain détenteur de la ceinture WBO de sa division. Pour sa première apparition au Madison Square Garden, il roule sur son adversaire pourtant plus jeune et remporte son premier combat d’unification à l’issue de cinq rounds à sens unique. Son regard se porte ensuite sur la ceinture WBA, qu’il conquiert en mars 1998 face au Nicaraguayen Rosendo Alvarez. Alvarez, sur une bonne lancée après six défenses de titres successives face à une opposition relevée, semblait alors présenter un défi de taille pour Lopez, alors vieillissant. Mais Lopez fait preuve d’une domination technique sans faille, qui contient la fougue d’Alvarez. Dans le douzième round de l’affrontement, Alvarez tente un dernier effort qui sera suivi par Lopez. Les deux boxeurs offrent trois minutes d’anthologie à un public en délire, et le combat va à la décision des juges. Lopez s’impose finalement par décision majoritaire 116-114, 116-112, 113-115.

A 33 ans, Lopez peine désormais à faire le poids. Il laisse ses titres vacants et décide de monter dans la catégorie supérieure. Le 10 février 1999, il remporte la ceinture IBF des poids mi-mouches face à l’Américain Will Grisby. Après une discussion avec son clan, il décide de mettre fin à sa carrière au terme de ses deux derniers combats contre Anucha Phonthong et Zolani Petelo. Le 22 novembre 2002, il annonce sa retraite dans une conférence de presse touchante : « Avec votre permission, je me retire. Je ne suis plus un boxeur ».

 

Ricardo Lopez s’est retiré sans défaite connue chez les amateurs comme chez les professionnels.

Le boxeur parfait

Ricardo Lopez est un boxeur sans faille. Sa palette technique, variée et maîtrisée, lui a permis de venir à bout de chaque adversaire s’étant présenté dans un ring face à lui. Aucun aspect de la science pugilistique ne lui fait défaut, aussi bien dans ses attaques précises et destructrices que dans sa défense efficace et impénétrable. Jorge Sony Alarcon, journaliste mexicain que l’époque, lui donne le surnom « El Finito » (Le Raffiné) en référence à cette maîtrise technique démontré par Lopez à chaque sortie. A contre courant dans une époque marqué par la violence des affrontements sur le ring, il éblouit le public de l’aura que dégage sa maîtrise technique. A l’instar d’un Vasyl Lomachenko, il était un phénomène dans une catégorie qu’il dominait d’une main de fer et survolait tous ses adversaires sans leur laisser aucun espoir de victoire.

 

Derrière l’artiste qu’était Ricardo Lopez, parmi les plus grands entraîneurs de leur époque : Arturo Hernandez et Ignacio Beristain. Hernandez entraîne quinze Champions du Monde avant de faire la rencontre du jeune Lopez, quand il pousse les portes de sa salle de Cuernavaca. Carlos Zarate (Champion du Monde poids coqs), ou encore Rafael Limon (Champion du Monde poids super-plumes) sont notamment passé sous l’aile d’Hernandez. Ignacio Beristain, qui rejoint le clan de Lopez après le décès d’Hernandez, fait partie du Hall of Fame de la Boxe. Il est connu pour avoir entraîné les meilleurs boxeurs qui ont foulé les rings mexicains, tels que Oscar De La Hoya ou Juan Manuel Marquez.

Un manque de reconnaissance

Malgré son statut et son palmarès, Ricardo Lopez combat rarement en tête d’affiche. La plupart de ses combats importants ont été en sous carte de boxeurs plus en vue tels que Julio César Chavez ou Felix Trinidad. Il combat par exemple en sous cartes des combats suivants : Tyson-Holyfield , Trinidad-Hopkins, Boudouani-Daniels, Tyson-Bruno, Trinidad-Vargas, Jackson-McClellan et bien d’autres.

 

Les poids pailles étant une catégorie peu suivi à l’époque (et toujours aujourd’hui), Ricardo Lopez n’a pas pu jouir de la même reconnaissance que les différents champions Mexicains des autres catégories. Julio Cesar Chavez, qui combat pendant la même période, lui fait de l’ombre. Au mépris de sa riche carrière, son nom est rarement cité parmi les grands Mexicains de l’histoire de la boxe, au côté des mythiques Salvador Sanchez, Erik Morales, etc.

Ricardo Lopez dans la culture

Ricardo Lopez inspire George Morikawa, auteur du manga Hajime No Ippo, dans la création de son personnage « Ricardo Martinez ».

Suivez Ted sur Twitter : @Tlemaudit