Boxing Culture, projet ambitieux et innovant, se prépare à submerger le monde de la Boxe. Nous avons rencontré son fondateur, boxeur professionnel français exerçant à New York.

Boxing Culture, c'est quoi exactement ?

Je ne peux pas trop en dire pour l’instant, mais je vais te donner nos objectifs à cours terme.

 

Notre première mission est de réunir le maximum de boxeurs, professionnels ou amateur en France. Ensuite viendront les boxeurs aux Etats Unis, les entraîneurs, managers, etc. Notre but est de donner plus d’opportunités aux boxeurs et de ramener la boxe sur le devant de la scène en France. Dans un premier temps, nous nous concentrerons sur ceux qui ne sont pas dans le champs de vision des grandes promotions, et l’objectif sera d’aider ces boxeurs Français à démarrer leurs carrières.

Le monde de la boxe est rempli de barrière qui ont plusieurs origines, mais viennent souvent de guerres d’egos entre individus. Ces petites querelles mettent des bâtons dans les roues à tout ceux qui souhaitent organiser des combats de manière régulière et les premiers à en souffrir sont les boxeurs. En réunissant la plus grande masse de boxeurs, nous aurons la possibilité de briser des barrières qui empêchent la bonne progression de notre sport. 

 

Après avoir rempli notre base de données composées de boxeurs, nous aurons la possibilité d’accompagner tout ceux qui pourraient avoir besoin de ce type de référencement. Un promoteur cherche un adversaire pour son boxeur, un entraîneur cherche un sparring partner pour son athlète ? Une simple recherche dans notre base de données lui permet de résoudre son problème.

Comment est né Boxing Culture ? T’es tu inspiré de projets existants dans d’autres sports ?

Non, l’idée est venue d’un besoin que j’ai ressenti. Certaines connexions dans le monde de la boxe ont été trop lentes, et je me suis demandé par quel moyen je pourrais les accélérer.

 

Je suis arrivé au Etats Unis il y a 7 ans, et je n’ai pas eu le parcours commun d’un olympien ou autre élite amateur français pour qui tout s’enclenche plus ou moins comme sur des roulettes. L’évolution de ma carrière s’est basée sur mon travail, mon entourage et les connections de nos entraîneurs. Aujourd’hui, nous sommes établis dans le mode de la boxe au Etats Unis. En tant que boxeur professionnel qui est passé lui-même par des chemin en terre battue, je souhaite créer une autoroute qui donnera de nouvelles opportunités à ceux qui ont besoin.

 

Je suis basé à New York, mais je me demande pourquoi les américains ne font pas plus appel aux boxeurs français ! Les athlètes français ont un très bon niveau et une éthique de travail remarquable. Je pense qu’une facilité de contact et de référencement pourrait aider nos compatriotes à se démarcher auprès des promoteurs américains. Avec le temps, Boxing Culture deviendra le pont qui relie la France et les Etats Unis.

 

Ces listes de référencement doivent déjà exister auprès de la FFBoxe par exemple, mais personne n’y a accès ! La boxe a besoin que tout le monde puisse être en contact pour faciliter toute les étapes du sport du haut niveau.

Comment cet accès va-t-il être mis en place sur l’aspect économique ? Allez-vous proposer un système d’abonnement ?

Je suis actuellement en contact avec des gros promoteurs. De nos discussions, nous avons conclu qu’il fallait proposer un tarif réduit aux boxeurs. L’objectif premier de notre plateforme est de les aider !

 

Concernant tous les autres acteurs de la boxe, il est dans leur intérêt de payer pour avoir accès à notre plateforme : nous facilitons leur travail ! Ces abonnements permettraient de supporter nos frais de gestions et de développement.

Boxing Culture pourrait avoir entre ses mains des mail listes de spectateurs potentiels. Souhaitez-vous également monétiser cet accès ?

e monde de la boxe est vaste. Les télévisions, les Youtubeurs… Tout le monde a besoin d’exposition et nous cherchons à les mettre en valeur. Nous n’allons pas vendre les données de nos collaborateurs, et nos avocats sont en train de finaliser une offre qui permettrait que tout le monde soit gagnant !

En tant que boxeur professionnel, comment as-tu trouvé les moyens techniques de monter ce projet ?

Beaucoup de temps à la maison ! “Merci” au COVID.. Je me suis formé tout seul pour développer le site internet. Je travaille à mon compte, donc j’ai tout intérêt à me former de mon côté. J’ai aussi la chance d’avoir de très bonnes connections dans la boxe ici au Etats Unis, ce qui aidera pour la suite du projet.


Je travaille aussi avec une équipe basée en France qui va devoir s’agrandir très bientôt au vu de l’envergure du projet.

Quelle est la prochaine étape du projet Boxing Culture ?

La prochaine étape, c’est un petit cadeau pour notre lancement. On va donner l’opportunité à des jeunes boxeurs amateurs français de venir à New York en stage pendant une semaine pour que je les prenne en main (tous Frais Payés). Notre objectif sera de les préparer sur le plan sportif mais aussi dans la gestion de leur quotidien. Je pense qu’il est important de leur expliquer les dessous du monde professionnel, les investissement personnels nécessaire, les sacrifices que cela engendre et le travail à fournir pour réussir et autres. Je veux faciliter leur transition dans les rangs professionnels.

 

Le COVID a ralenti ce projet puisque les salles de boxe sont encore fermés à New York mais nous allons rapidement pouvoir lancer ce stage. L’idée reste la même : permettre aux boxeurs de propulser leurs carrières !

Rejoignez l’aventure Boxing Culture https://fr.boxingculture.com/

Très largement relayé par les médias traditionnels, les débuts américains de Tony Yoka auraient dû avoir lieu le 14 mars au Madison Square Garden en undercard de la première défense de titre de Shakur Stevenson (débuts américains finalement reporté à une date ultérieur ndlr). Quelques heures auparavant, deux autres français tenteront également de conquérir le coeur des supporters de mythique salle des New York Knicks. Frederic Julan (12-0, 10 KOs) et Romain Tomas (8-3, 1 KO) ont quitté la France en 2012 pour s’installer à Brooklyn et vivre le rêve américain. Huit ans plus tard, leur parcours atypique les mènent à partager le même ring que le boxeur français le plus en vue.

 

A quelques jours de cette échéance décisive pour leurs carrières respectives, ils reviennent en détail sur leur aventure américaine.

Bien clairvoyant celui qui, en poussant les portes d'une salle de boxe new-yorkaise, s'attend à croiser deux boxeurs français. Comment votre carrière s'est-elle orientée vers ces influences transatlantiques ?

R.T. : On a commencé la boxe sur le tard, vers la vingtaine. On savait déjà que ça allait être compliqué de faire une carrière amateur en France, puisque les équipes Olympiques sont très sélectives. En plus, à cette période, la Fédération vivait une période compliquée et très peu de galas étaient organisés. On avait vraiment peu d’opportunités de boxer !

On s’est dit que pour qu’on puisse réussir dans ce sport, on se devait de partir dans un environnement plus propice au développement de notre carrière.

 

F.J. : A ce moment là, on savait que le meilleur ami de notre entraîneur en France (Malek Ikhenache d’Emerainville ndlr)  avait une salle à New York. J’y étais déjà allé pour faire un stage en 2010, donc j’avais déjà quelques repères. On s’est décidé à s’installer là-bas pour de bon en 2012.

Après quelques mois, on a voulu participer aux Golden Gloves. J’ai remporté le tournoi, Romain s’est incliné en finales. On a tout cassé ! On est revenu défendre nos titres l’année suivante, et l’année d’après également. Pendant trois ans, on a énormément tourné sur tous les tournois amateurs de New York.

Une carrière pro aux Etats-Unis, c'est forcément mieux qu'en France ?

F.J. : Quand on a décidé de passer chez les professionnels en 2016, notre entraîneur avait de bons contacts à Atlantic City. On a fait tous nos premiers combats sur des soirées organisées dans des gros casinos, l’ambiance était folle !

 

R. T. : J’ai eu des débuts pro un peu plus compliqué que Fred. Je perds mon premier combat face à un gars vraiment dur, mais ça ne m’a pas peiné plus que ça. J’ai pris ça comme une simple embûche sur mon chemin, et je suis retourné directement à la salle. J’ai enchaîné avec quelques victoires, puis j’ai pris une deuxième défaite dans un combat sur lequel je n’étais pas au top.

Je me suis retrouvé à 29 ans avec un bilan de 7 victoires pour 2 défaites… Pas assez impressionnant pour être respecté par les promoteurs. Avec mon coach, on a décidé de prendre tous les risques pour faire monter ma côte ! On accepte tous les défis, plus de temps à perdre. Avec cette mentalité là, j’ai pris une victoire sur un boxeur invaincu avant moi. Je boxe ensuite un autre mec invaincu, et je m’incline en montrant malgré tout un beau visage.

Comment est venu cette opportunité de boxer au Madison Square Garden, sur la carte organisée par Top Rank ? Que représente cette soirée pour la suite de votre carrière ?

F.J. : Top Rank a d’abord fait appel à Romain pour rencontrer un de leurs boxeurs. Une fois que le contact a été établi avec mon coach, il leur a proposé de me placer également sur la soirée. Ils m’ont proposé de faire un combat de 6 rounds contre Victor DaRocha (9-5-1, 6 KOs).

Je suis invaincu, et je sors d’une série de 9 KOs consécutifs. Avec ce palmarès, une grosse performance le 14 mars devrait me permettre de rejoindre un promoteur important aux USA. Top Rank par exemple !

 

R. T. : Dans la suite logique de mes deux derniers combats, Top Rank veut se servir de moi pour tester John Bauza (13-0, 5 KOs), un de leurs jeunes espoirs. J’accepte le challenge à bras ouverts, je dois enchaîner les victoires en étant outsider pour faire monter ma côte. Je pense que je vais devoir gagner encore 3-4 combats en tant qu’outsider avant de recevoir des offres de promoteurs influents, mais je ne cours pas forcément après ça. J’ai embrassé cette mentalité d’outsider, elle me garde motivé. J’ai les crocs qui raye le parquet, je veux rester dans cet état d’esprit.

C’est cette mentalité qui me permettra de monter sur le ring contre les meilleurs espoirs des USA sans les regarder de haut. Pour quelqu’un qui a commencer la boxe sur le tard, je suis satisfait d’en être arrivé là !

La vie d'expatriés doit représenter également un certain nombre de sacrifices et d'obstacles. Comment avez-vous vécu cette transition ?

F. J. : Pour moi, le passage d’un côté à l’autre de l’Atlantique s’est effectué assez facilement. J’avais déjà mes repères, et Simon m’a fait sentir comme à la maison. Le seul léger problème… C’était de parler anglais ! Je n’avais pas parlé anglais depuis le collège, on a dû reprendre des cours en arrivant à Brooklyn. Après quatre ans sur les bancs de l’école, on est parfaitement bilingue;

 

R. T. :  Après notre départ, on a passé sept ans sans remettre le pied en France. On va pas se mentir, c’est vraiment dur. Je suis quelqu’un qui vient d’une grande famille, et c’est un vrai sacrifice de passer autant de temps loin d’eux. Mais une carrière de boxeur n’est pas longue, encore plus quand on a commencé tard comme nous. On se devait de tenter le tout pour le tout et faire le nécessaire pour réussir.

Quand on était gamin, on rêvait d’être boxeur pro, et c’est devenu une réalité. Tout est possible quand tu mets l’énergie positive nécessaire !

Un message à faire passer aux Français qui vous soutiennent à distance ?

R. T. : Si on en est là, c’est parce qu’on est entouré par une équipe en or. Chacun a mis sa pierre à l’édifice, et on ne pourrait pas réussir sans cet esprit d’équipe. Simon (notre entraîneur aux USA), Malek (notre entraîneur français), Youri, Fred… La machine tourne parce qu’on veut créer quelque chose ensemble et c’est ensemble qu’on réussit. C’est de cette unité dont on a tous besoin, à petite ou grande échelle.

Amel Meliani, 22 ans, est étudiante en droit. Mais depuis plusieurs mois, un projet occupe la majorité de son temps libre : la réalisation de « L’Incongru », un moyen-métrage qui gravite autour de l’univers de la boxe. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur la construction de son oeuvre ainsi que la suite qu’elle comptait lui donner.

Comment t'es venu ce projet de réaliser un film ?

J’ai commencé le cinéma comme un loisir, pour occuper mon temps libre. Mes premiers pas dans le milieu se font en tant qu’actrice dans quelques courts et longs métrages. Mais je n’étais pas à l’aise dans ce rôle devant la caméra, je me sentais restreinte et sans marge de manœuvre pour m’exprimer. J’ai donc décidé de me lancer dans la réalisation d’un court-métrage, en commençant la rédaction de son scénario. Je souhaitais présenter ce film dans les festivals dédiés aux courts-métrages, comme le festival Nikon.

 

 

Au fur et à mesure de l’écriture du scénario, le format court-métrage est devenu… Trop court ! « L’Incongru » a donc pris de l’ampleur en devenant un moyen métrage d’une trentaine de minutes.

Comment as-tu réussi à gérer l'aspect matériel et financier de ce projet ?

J’ai été très limitée en terme de budget. Des aides de mon université m’ont permis de louer le matériel vidéo et audio nécessaire à la qualité requise pour distribuer le film au format cinéma. Mais toutes les personnes qui ont travaillé sur le film sont bénévoles !

Sans trop en raconter, peux-tu nous dire quelques mots sur la place de la boxe dans le scénario ?

C’est l’histoire de Zayeen, élevé dans une famille maghrébine avec une culture de la réussite très développée. Toute sa fratrie est en situation de réussite sociale, mais il ne se retrouve pas dans ce modèle. Il abandonne ses études et se plonge dans sa passion : le sport et la boxe. Le film aborde les difficultés du personnage à gérer les attentes du cercle familial et la discipline nécessaire à la réussite sportive. Les fréquentations qu’il se créé dans le milieu de la boxe lui sont bénéfiques pour certaines, mais d’autres le poussent à faire des choix qui lui porteront préjudice. C’est tout ce que je peux te dire sans spoiler le film aux spectateurs ! (rires)

J’ai écrit moi-même le scénario, et il est fictif à 100%. Aucun des personnages ne trouve son inspiration dans la vie réelle… Et pourtant, certains acteurs présents dans le casting se sont reconnus dans cette histoire. Ils se reconnaissent, trouvent une résonnance par rapport à leur propre expérience de vie. C’est rassurant, ça me conforte dans mes choix de scénarios.

Ton casting comporte un nombre important de boxeurs. Quelles sont les motivations derrière ce choix ?

Pour le choix du casting, j’ai décidé de ne pas suivre la méthode conventionnelle qui est de s’adresser à une agence, ou poster une annonce sur un site spécialisé. J’ai contacté des profils qui collaient à la vision que j’avais des personnages, via les réseaux sociaux ou grâce à des relations en commun. Il me semblait important de valoriser également l’aspect humain, au-delà des qualités premières des acteurs. J’avais également la volonté de travailler avec des gens du milieu des sports de combats, qui comprennent les enjeux que rencontrent les personnages. Karim Ghajji (Kickboxing), Jaad Belgaid (Judo), Benjamin Da Cunha (Boxe anglaise) ou encore Guillaume Babouin (Muay Thaï) permettent également d’avoir des scènes d’entrainement explosives et proches de la réalité du sport.

 

Parmi le casting, certains n’avaient aucune expérience d’acteurs ! Jaad Belgaid par exemple, qui incarne le personnage central du film. J’ai pourtant été très agréablement surprise par leur performance derrière la caméra, et je ne serais pas étonnée qu’ils reçoivent rapidement d’autres propositions de rôles après la diffusion du film.

Pourquoi avoir intégré la boxe dans ton scénario ?

J’ai pratiqué de nombreux sports de combats dans ma jeunesse, principalement du judo à haut niveau. Cette proximité avec les sports de combats m’a sans doute influencé ! Et puis, la boxe au cinéma, c’est tout une histoire. Faire boxer ses personnages, c’est l’assurance d’une intensité à l’image mais également d’une profondeur de caractère exacerbée.

 

« L’Incongru » pourrait avoir une suite, sous forme de long métrage ou de séries. Zayeen, le protagoniste du film, devrait alors se diriger vers le MMA. Les scènes de boxe seront alors mêlées aux combats au sol. J’ai hâte d’en arriver à ce stade !  Les sports de combats au sol sont rarement mis en avant au cinéma, et c’est un défi excitant de combler ce manque.

Comment s'est passé ton choix de lieux de tournage ?

Les scènes de boxe ont été tourné dans un lieu emblématique pour tous les connaisseurs : la salle de l’île de Vanves, dans laquelle s’entraîne le Red Star de Saint Ouen. Après avoir reçu les autorisations nécessaires de la mairie, j’ai pris contact avec Eric Tormos qui est en charge du club. Nous avons convenu d’horaires de tournages qui ne perturberaient pas les entraînements de ses boxeurs, mais certains curieux ont été attiré par nos caméras et ont fini par être engagés comme figurants !

 

 J’ai choisi cette salle parce que je connaissais le complexe sportif, dans lequel je m’entraînais à une époque. Elle respire la boxe et l’authenticité. Les affiches sur les murs sur lesquels figurent les anciens boxeurs du RSOA, les cordes du ring usées par l’usage… Tous les éléments de la salle rappellent son histoire et celle de ceux qui l’ont fréquenté. En termes d’image, les couleurs rouges du sol et des rideaux permettent un rendu visuel chaleureux qui donnent un plus à l’ambiance familiale du lieu.

Quels sont les films qui t'ont inspiré dans ton travail ?

Un film m’a particulièrement marqué : « Mais Forte Que o Mundo« , qui retrace la carrière Champion MMA Jose Aldo. La tension présente dans le film, mêlée à la pratique du MMA, m’a beaucoup inspiré pour « L’Incongru ». 

Comment se présente l'avenir pour L'Incongru ?

Le tournage étant terminé, le film est actuellement en phase de post-production. Cette phase nécessite la location d’un studio de post-production, afin de produire un travail qui correspond aux standards de qualité de l’industrie du cinéma. Le ontage, l’étalonnage, le mixage, sont des aspects décisifs de la création d’un film. J’ai mis en place une cagnotte pour nous aider dans cette phase ! 

 

Dans quelques mois, le film sera envoyé dans plusieurs festivals et nous pourront avoir des retours sur notre travail. Après ce passage en festival, nous chercherons à diffuser L’Incongru au grand public, via une plateforme de streaming.

 

La dernière phase de ce projet est de lancer une suite, à travers une série ou un long métrage. J’ai déjà quelques idées de scénario en tête !

Soutenez "L'incongru" en participant à la cagnotte mise en place pour financer les coûts de post-production du film.

Pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas, qui est Chadi Baraia ?​

Je m’appelle Chadi Baraia, j’ai 17 ans et je pratique la boxe depuis mes 5 ans. Ce sont mes grands frères qui m’ont donné envie de pratiquer ce sport, puisqu’ils étaient tous les deux boxeurs. Aujourd’hui, Nader, le plus grand, est devenu arbitre international et Rami est en convalescence après une blessure. J’habite à Vigneux, là où j’ai commencé à boxer. Après quelques conflits internes dans ce club, je me suis délocalisé à Montgeron avec mon entraîneur de toujours.

 

J’ai disputé mon premier assaut en boxe éducative à l’âge de 7 ans, et j’ai décroché les titres de Vice-Champion de France Cadets 2017, Champion de France Cadets 2018, Vice-Champion de France Junior 2019. Ce palmarès m’a ouvert les portes des Equipes de France Cadets puis Junior, au sein du CREPS de Nancy. Grâce à ma place en équipe de France, j’ai l’opportunité de m’entraîner et de mettre les gants avec les meilleurs Français de ma génération. J’ai pu également acquérir de l’expérience internationale en participant à plusieurs tournois à l’étranger. Notamment le Mostar International Tournament, pendant lequel j’ai brillé et qui m’a ouvert les portes des Championnats d’Europe Juniors en -64Kgs

Comment s'est passé ce Championnat d'Europe ?​

J’ai passé le premier tour en battant un Ukrainien par décision majoritaire. Ensuite, j’ai rencontré un Ecossais très expérimenté. Le combat était bizarre… Il m’a fuit pendant les trois rounds, et s’est imposé à l’unanimité. Je ne remets pas en cause la décision, mais c’est bizarre que les juges valorisent cette boxe peu ambitieuse et fuyante. J’ai le sentiment de lui avoir marché dessus pendant tous les rounds.

Après un tel début de carrière, quels sont tes objectifs à long terme ?​

Mon objectif actuel est de me qualifier pour les Jeux Olympiques 2024, à Paris.

La route est encore longue, mais je sais que les entraîneurs de l’Equipe de France prépare déjà cette compétition, en observant les boxeurs de ma génération. Pour assurer mes chances de qualifications, je dois enchaîner les grosses performances, aussi bien sur la scène nationale qu’internationale. Il faut que les responsables de l’Equipe de France sachent que je suis capable de boxer à l’extérieur, sous la pression. Tout ce chemin commence par les Championnats de France Junior 2020, pendant lesquels j’irais tenter de décrocher le titre.

Crains-tu d'être victime de décisions litigieuses, comme d'autres français avant toi ?

Bien sur que ça fait peur. Tous tes rêves, tout ton travail peut être détruit par une mauvaise décision des juges. On sait que certaines nations sont très influentes, et leurs boxeurs sont souvent avantagés dans les décisions des juges. La Russie par exemple. Quand tu boxes un Russe, tu sais que c’est comme si tu partais avec un round de retard.

 

Mais d’un autre côté, on ne peut rien y changer. Si la décision te donne perdant, tu rentres à la maison et ton adversaire continue le tournoi. Même si tu te plains sur Facebook, Instagram, même si des journaux en parlent… Rien ne peut changer le fait que tu sois éliminé. Donc c’est à nous de faire le job pour que la possibilité de se faire voler soit la plus mince possible !

Christ Esabe, 18 ans, est devenu le plus jeune Champion de France professionnel. Pourquoi ne pas suivre ce modèle et passer rapidement chez les rémunérés ?

J’aime la boxe pro, c’est une manière de boxer qui me plaît beaucoup. Mais je veux vivre le rêve olympique, je veux pouvoir dire que j’y ait participé. Et puis, dans la boxe, participer aux Jeux est le meilleur moyen de démarrer une belle carrière professionnelle. Participer aux Jeux certifie que tu fais partie des meilleurs mondiaux de ta génération, de manière plus marquante qu’un titre mondiale amateur par exemple. Je veux qu’on connaisse mon nom dans le monde de la boxe amateur mondiale. Pour l’instant, je suis surtout connu comme « Le petit frère de l’arbitre » (rires).

J’effectuerais mon passage chez les professionnels quand j’aurais l’intime conviction que le moment est bien choisi.

En parlant de carrière, comment se passe ta vie en dehors de la boxe ?

J’ai obtenu mon baccalauréat en 2019, et je viens de commencer une L1 STAPS à l’UPEC. Du coup, j’ai dû quitter le CREPS de Nancy, auquel je suis toujours rattaché administrativement en tant qu’externe. Afin de pouvoir continuer à m’entraîner en Ile de France, je rejoins l’Equipe de France Senior plusieurs fois par semaine à l’INSEP. Poursuivre mes études dans le domaine du sport me permet d’espérer décrocher un diplôme tout en continuant à m’entraîner pour atteindre mes objectifs. L’UPEC me permet de m’absenter pour m’entraîner et organise le rattrapage des cours sur Internet par exemple.

Quelles sont tes prochaines échéances ?

En terme de préparation, j’ai un stage avec le Pôle France jeune à Nancy du 16 au 21 décembre. Ensuite, j’enchaine du 13 au 23 janvier avec un stage de préparation physique à Bugeat. Je devrais remonter sur le ring en février, pour un ou deux tournois internationaux. J’irais ensuite disputer les Championnats de France Junior en mars, puis les Championnats d’Europe en mai. Je pourrais ensuite peut-être me qualifier pour les Championnats du Monde qui ont lieu en septembre prochain. Mon emploi du temps est chargé pour les prochains mois.

Un mot de la fin ?

Pour finir, je voudrais remercier tout ceux qui me soutiennent, de près ou de loin (ma famille, mon club du Noble Art Boxing Association). Un remerciement également pour mes sponsors qui me permettent de m’entraîner dans des conditions optimales : Zelys Paris, Sport 200 Montgeron et Proxiform Vigneux.

Soutenez Chadi dans son rêve Olympique en le suivant sur Facebook : Chadi Baraia et Instagram : @chadi_baraia

Benjamin Da Cunha, 26 ans, a fait le choix de partir vivre et s’entraîner de l’autre côté de l’Atlantique. Il revient pour Overhand sur son périple, ses ambitions et sa vie de boxeur à l’étranger.

Comment un jeune de Mantes-La-Jolie se retrouve-t-il à boxer sur les rings de Tijuana ?

J’ai commencé la boxe dans le club de ma ville, à Mantes-La-Jolie. J’avais un ami qui boxait dans ce club, et on mettait parfois les gants ensemble en bas de chez moi… J’ai voulu m’inscrire dans son club pour rattraper son niveau. Mais c’était un petit club, qui ne proposait pas énormément de combats amateurs à leurs boxeurs : je n’ai boxé qu’une dizaine de fois en 3 ans chez eux. Le club a fermé et je me suis dirigé vers le club des Mureaux (BAM L’Héritage ndlr). Là-bas, j’ai pu participer aux championnats régionaux et nationaux, avant de passer professionnel l’année suivante.

 

Mes débuts professionnels ont été compliqués. Je me suis incliné aux points lors mon premier combat pro contre Christopher Legendre qui avait déjà 15 combats à son palmarès, chez lui. Je n’étais pas vraiment d’accord avec la décision des juges. Mon deuxième combat à Chanteloup-les-Vignes contre Pierre Morange se clôt sur une défaite par décision partagée (que je ne comprends pas non plus). J’ai ensuite essuyé une troisième défaite aux points, contre un adversaire qui boxait à domicile. Elle a été l’élément déclencheur qui m’a mis face à l’évidence : boxer en France ne fonctionnait pas pour moi.

 

Mon but dans la boxe a toujours été de partir aux Etats-Unis. Je voulais le show, les paillettes et le strass qui entourent la boxe dans ce pays. Je fais de la boxe pour le spectacle, c’est ça qui me fait kiffer. La plupart des boxeurs français sont appelés de l’autre côté de l’Atlantique quand ils arrivent au bout de leur carrière, je ne voulais pas attendre autant de temps avant de vivre mon rêve.

 

En arrivant aux Etats-Unis, je n’avais pas les bons contacts qui permettent de s’épanouir dans le milieu. J’ai été envoyé au casse-pipe dans un combat organisé par Golden Boy Promotions contre Raymond Muratalla, un très bon boxeur qui est actuellement à 8 victoires en 8 combats. Je m’incline aux points, sans contestation possible, malgré un beau combat de ma part. Dans les gradins, un promoteur mexicain a été impressionné par ma performance et mon envie de vaincre dans une situation compliquée. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais donné les moyens et l’encadrement d’aller loin dans ma carrière, et il m’a proposé de venir boxer sous son égide à Tijuana. J’étais dégoûté de ma défaite donc j’ai préféré m’éloigner quelques temps des rings, mais j’ai pris son numéro pour le recontacter.

 

Entre temps, la fédération de Boxe du Cap-Vert m’a proposé de me naturaliser pour que je participe aux Jeux Olympiques sous leurs couleurs. L’idée de participer aux Jeux a fait son bout de chemin dans mon esprit, et j’ai décidé de tenter l’aventure avec mon pays d’origine : le Portugal. Seul problème, la fédération de Boxe portugaise n’existait plus suite à des soucis financiers. J’ai rencontré le ministre des Sports afin de relancer la fédération, mais le processus prenait trop de temps. J’ai donc recontacté le promoteur mexicain qui m’avait approché lors de mon dernier combat. Il m’a fait venir à Tijuana pour m’entraîner et me remettre en forme avant de me faire boxer, et j’ai enchaîné 3 victoires par KO en trois semaines. Je suis revenu en France pour changer d’air, avant d’y retourner une nouvelle fois pour gagner un combat par KO.

 

Après des courtes vacances d’été en France, je viens de retourner aux Etats-Unis pour préparer un combat contre Elvis Rodriguez à Los Angeles le 20 septembre. J’ai eu des propositions de Top Rank, de Ringstar (promoteurs d’ampleur mondiale ndlr) mais je les sens mal, je préfère attendre un peu. Je vais peut-être enchaîner avec un autre combat en novembre.

As-tu déjà eu des propositions de combats en France, depuis ton départ à l'étranger ?

Des promoteurs de Monaco sont entrés en contact avec moi, mais rien de sérieux n’est né de ces discussions. La France m’intéresse, mais seulement sur les grosses soirées. J’ai pris goût aux vrais spectacles, aux ambiances chaudes du Mexique et de Los Angeles.

Comment s'est passé ton premier départ de France ? Avais-tu des contacts sur place ou était-ce un véritable plongeon dans l'inconnu ?

J’avais ma soeur qui habitait déjà aux Etats-Unis, mais à Miami, et quelques amis qui habitaient à Los Angeles et pouvaient m’héberger. J’ai aussi contacté des entraîneurs locaux, avant de partir, pour savoir si ils étaient intéressés pour m’entraîner. L’un d’entre eux, Daniel Valverde, m’a proposé de venir pour m’entraîner deux fois par jour avec lui et trouver des opportunités de boxer. Au vu de mon palmarès à ce moment (3 défaites pour 3 combats), trouver des combats s’est avéré plus difficile que prévu. Nous avons donc décidé de prendre le risque d’accepter la proposition de Golden Boy et de tenter notre chance.

Ne craignais-tu pas de tomber dans une arnaque, de rejoindre des personnes qui n'étaient pas digne de confiance ?

Bien sûr que si, c’était quitte ou double. Dans la vie, il faut prendre des risques. Personne ne réussit sans en prendre. Quand je suis parti à Los Angeles, mais également quand j’ai rejoins Tijuana, il y avait un vrai risque de tomber dans un traquenard ! Mais bon, quitte à tenter l’aventure, autant la tenter à fond.

Comment es-tu subvenu à tes besoins pendant ces longs séjours à l'étranger ?

Je suis parti avec mes propres fonds, et j’étais large pour vivre pendant quelques mois. À Los Angeles, j’ai pu faire quelques sparrings rémunérés contre des boxeurs de haut niveau (Joet Gonzalez par exemple, avec qui je mettais les gants deux fois par semaine). C’est un petit bonus qui ne fait pas de mal.

As-tu ressenti une différence dans la manières de s'entraîner entre le modèle français et le modèle américain ?

Dans l’entraînement, il y a une énorme différence entre les Etats-Unis et la France. En France, le problème est le temps de travail : les séances sont collectives et durent à peine deux heures. Trop d’informations sont donnés en trop peu de temps, c’est compliqué de les emmagasiner proprement. C’est difficile de faire du travail de qualité.

 

À Los Angeles, je m’occupe de ma préparation physique le matin (je cours, je fais mes circuits de musculation) et l’après-midi est réservé à la boxe. Tous les jours, l’entraîneur prend chaque boxeur aux pattes d’ours, ce qui n’est pas possible dans un cours collectif comme en France. Avoir le temps d’accorder un moment dans la journée à chaque aspect de l’entraînement me permet d’être en meilleur condition physique et de ne jamais me blesser.

 

Aussi, la vision de la boxe est différente. En France, on travaille beaucoup sur des combinaisons longues. La philosophie en France c’est de ne pas aller chercher le coup dur et de laisser le KO venir. Peut-être que la France est trop influencée par la boxe cubaine et le style olympique, qui est efficace chez les amateurs et très esthétique. Mais chez les pros, ça fonctionne moins bien.

Le style américain, enfin plutôt mexicain puisque je m’entraîne avec des mexicains de Los Angeles, c’est de travailler en qualité sur chaque coup. Chaque coup doit être puissant et efficace. La différence se ressent en sparring : ici, tout le monde sait frapper ! Ici, quand on frappe, c’est pour faire mal et allonger l’adversaire. Techniquement, il n’y a rien d’extraordinaire mais tout les coups sont efficaces. L’exemple parfait de cette mentalité, c’est Gennady Golovkin : la technique est réduite à sa forme la plus pure, la plus simple… Mais tous ses coups sont donnés pour détruire.

Le Mexique a une image, dans la culture populaire, de pays imprégné par la boxe dans toutes les strates de la société. Quelles sont les sensations quand on boxe dans ce pays, devant ce genre de public ?

Pour moi, Tijuana est la capitale mondiale de la boxe. Ils ont deux galas par semaine, qui accueillent une vingtaine de combats professionnelles par gala. Là-bas, tous les boxeurs peuvent avoir des combats très régulièrement. Les rues sont remplies d’affiches de boxe, la ville entière vit pour la boxe. C’est une chance pour moi, parce que les Mexicains aiment beaucoup la France ! Le public de mes combats aimait me voir sur le ring et j’ai reçu beaucoup d’amour de leur part.

 

Par contre, au niveau de l’encadrement, c’est un peu le bordel. Si tu es entouré par les bonnes personnes, tu peux boxer sans licence, sans même aller à la pesée. Tout le monde vient avec sa propre paire de gants, sans vérification préalable du matériel. Même le médecin s’en fout de ce qui se passe sur le ring ! C’est l’usine, les combats s’enchaînent. Tant qu’il y a des KOs, le public est content et ça leur suffit.

Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir un promoteur influent dans la ville. Personne n’ose tenter une arnaque contre lui et ses boxeurs, ça m’a évité beaucoup d’ennuis.

Après la France, les Etats-Unis et le Mexique, envisages-tu de partir boxer dans un autre pays ?

Je boxe pour les sensations, pour le spectacle, pour kiffer à fond. Dans cette optique là, j’aimerais avoir l’occasion de boxer dans des pays comme le Japon, l’Angleterre, ou au Portugal qui est mon pays d’origine.

 

Mais j’ai déjà pris beaucoup de risques en partant aux Etats-Unis puis au Mexique. Tout s’est bien passé pour moi mais je ne veux pas trop tenter la chance. Si ces occasions se présentent, je serais ravi de les accepter. Mais pour l’instant je sature un peu de partir à l’aventure sans filet de sécurité : je vais rester un peu là où j’ai mes repères.

Tu as eu une certaine notoriété pendant quelques temps sur Twitter. Peux-tu nous parler de cet épisode ?

Oui, avant j’étais sur Twitter. Et j’aime en faire des tonnes (rires). Quand je boxais, j’en parlais pendant des jours. Donc, quand j’ai perdu une fois, on m’est tombé dessus. Même chose quand j’ai perdu une deuxième fois. À ce moment là, je me suis dit que c’était fini pour moi et je me suis sauvé ! Mais encore aujourd’hui, des potes m’envoient des screens de tweets sur moi.

 

Les gens s’en foutent de savoir que tu te fais voler aux points parce que tu boxes à l’extérieur, ils n’ont pas vu mon combat mais aiment se réjouir du malheur des autres. Ils aiment voir quelqu’un échouer après avoir tenter, parce qu’ils se disent qu’ils ont bien fait de ne prendre aucun risque dans leur vie.

Restez au courant de l’actualité de Benjamin en le suivant sur Instagram : @benjamindacunha @teamdacunha

Samedi 11 août, le double champion Olympique cubain Robeisy Ramirez se prépare à faire ses débuts dans le monde de la boxe professionnelle. Son tableau de chasse compte notamment Kal Yafai, Nordine Oubaali, Andrew Selby, Michael Conlan, et Shakur Stevenson. Dominant deux catégories de poids chez les amateurs (poids mouches puis poids coqs), ses premiers pas chez les professionnels sont attendus par tout les fans de boxe.

 

Face à lui, Adan Gonzales. Loin des paillettes et des lumières apportés par deux réussites olympiques à son adversaire cubain, Gonzales travaille 12 heures par jour dans un service d’espace verts et loge dans sa salle de boxe. Donné perdant avant même d’avoir enfiler ses gants, Gonzales enverra pourtant son adversaire au tapis dès les premières secondes de combat. Il produira ensuite un rythme élevé que Ramirez n’arrivera pas à égaler, et sera déclaré vainqueur à l’issue des 4 rounds.

 

Cette victoire de Gonzales est considéré par la majorité des observateurs comme la plus grosse surprise de l’année 2019 (une surprise plus grande, selon eux, que la victoire d’Andy Ruiz Jr face à Anthony Joshua) et l’une des plus grosses surprises de la décennie.

 

Overhand a eu la chance de pouvoir échanger quelques mots, après sa victoire, avec Adan Gonzales.

Comment as-tu commencé à boxer ? Quel boxeur t'inspirais à l'époque ?

J’ai commencé à boxer dès l’âge de 6 ans, et j’ai très rapidement développé un rage de vaincre. J’avais les crocs, dès mes débuts. Je rêve depuis mon enfance d’atteindre le plus haut niveau, et ce rêve représente tout pour moi et pour mes proches.

 

Je m’inspire de tous les grands champions mais si je devais citer des noms… J’aime le style de Bernard Hopkins, Roy Jones Jr et Floyd Mayweather. Mais mon boxeur préféré reste Donald Camarena, mon coach. Sa connaissance du métier et son expérience de ce sport sont inestimables et m’ont permis d’atteindre ce niveau.

Quel était ton état d'esprit pendant ta préparation ?

Confiant à 100%. Je suis conscient de mon niveau et de mes capacités, j’ai déjà vécu la difficulté et je me suis déjà imposé face à la difficulté. Je ne suis pas monté sur le ring pour être un simple tremplin pour son entrée dans le monde des pros. Je voulais le battre, je me suis préparé pour être prêt et mes efforts ont payé.

As-tu analysé les combats amateurs de ton advseraire ? Ou pensais-tu qu'il modifierait totalement sa boxe pour l'adapter aux professionnels ?

J’ai regardé quelques combats mais sans plus. Je n’étais pas inquiet, je connais mon talent et à quel point j’ai travaillé dur.

Que se passe-t-il dans ta tête lorsque tu le vois tomber après seulement 30 secondes ?

Je savais que j’avais la capacité de l’envoyer au tapis, donc je n’ai pas été surpris de le voir tomber. Ni excité d’ailleurs. J’ai gardé le schéma de combat en tête : lui imposer un rythme élevé, toujours rester actif et ne jamais ralentir.

Comment analyses-tu ton combat ? Le volume de coups était-il la seule clé de ta victoire ?

J’ai peut-être laissé échapper un round, et encore. Je pense que le public ne réalise pas encore l’ampleur de ma performance : je ne l’ai pas seulement surpassé en terme de rythme, j’ai aussi été meilleur techniquement. J’étais le plus efficace sur le ring ce soir là.

Cette victoire a-t-elle changé ta vie ?

Je dois mettre un peu d’ordre dans ma vie personnelle, dans ma vie familiale mais l’entrainement ne s’arrête pas. Je continue de travailler, c’est ce travail qui m’a permis d’être prêt lorsque cette opportunité de briller s’est présenté. Je serait prêt pour la prochaine chance qu’on me donnera, et qui arrivera rapidement. Cette victoire m’a permis de gagner en reconnaissance mais je pense qu’on ne m’accorde pas encore tout le crédit que je mérite. J’irais le chercher, pour prouver encore une fois ma valeur !

Russ Anber est une figure emblématique de la boxe mondiale. Entraîneur depuis ses 18 ans, il encadre les équipes Olympiques canadiennes, forme David Lemieux, entraîne Oleksandr Usyk. Il est également l’un des cutmans les plus prisés de la planète, et les boxeurs s’arrachent ses services.

En 2003, il utilise ses connaissances du monde de la boxe pour créer la marque Rival, qui produit aujourd’hui les meilleurs gants sur le marché. Il revient pour Overhand sur l’histoire et le fonctionnement de la marque qui règne sur le marché de l’équipement de boxe.

Après avoir travaillé pendant 40 ans au sein du monde de la boxe en tant qu'entraîneur ou cutman, quel a été le déclic qui vous a poussé à créer une marque d'équipements ?

J’ai commencé à vendre de l’équipement de boxe en 1985. À ce moment de ma vie, je venais d’ouvrir ma salle de boxe et je cherchais du matériel pour l’équiper. Un m’a recommandé une nouvelle compagnie (Ringside ndlr), auprès de laquelle je me suis donc fourni. J’ai été tellement ravi de la qualité de leurs produits que je leur ai proposé de devenir leur représentant au Canada. Pendant 13 ans j’ai honoré ce poste, avant qu’un conflit ne nous éloigne. Ringside a souhaité se séparer de moi ainsi que deux autres de mes collègues qui travaillait dans leur usine aux Etats-Unis. Ces collègues ont ensuite lancé leur propre marque, à laquelle j’ai également participé. Mais, de fil en aiguille, le bilan financier n’était pas bon : le dollar canadien étant trop faible par rapport au dollar américain, je ne m’en sortais pas.

 

J’ai alors eu l’idée de faire ma propre marque. À ce moment là, un homme d’affaires pakistanais qui venait d’acquérir une compagnie d’équipements de boxe était en tournée à Montréal : il cherchait des experts dans le domaine pour le conseiller dans ses démarches. On lui a recommandé de venir me voir, et nous nous sommes rencontrés. Cette ambition de créer ma propre marque était à un stade très avancé dans ma tête, j’avais même déjà décidé de l’appeler Rival. Je lui ai donc parlé de mes projets, mais je ne pouvais pas promettre de première commande assez suffisante pour convenir à ses minimums. Nous nous sommes quittés en bons termes… Jusqu’à son retour, le lendemain ! « Monsieur Anber, j’ai décidé de vous faire confiance. Je crois que vous tenez quelque chose de spécial avec Rival. » Nous avons lancé la première commande, et je lui ai promis que chaque commande serait toujours plus importante que la précédente. Ça n’a pas manqué !

 

C’est comme ça que l’histoire de Rival a commencé.

Bien que la marque existe depuis 2003, ce n'est que depuis quelques années qu'on peut observer une explosion de l'utilisation des gants Rival. Comment expliquez-vous cette surexposition soudaine ?

C’est drôle que les gens parlent de boom, parce qu’ils ne voient pas le travail derrière… Les journées de 16 heures que nous avons dû enchaîner pour arriver à ce résultat !

 

Nous n’avons rien changé dans notre manière de travailler. Nous n’avions pas d’argent pour investir dans le marketing, pour acheter de la publicité. Nous nous en sommes tenus à ce qui a été notre ligne depuis le début : utiliser nos connaissances de la boxe pour fournir du matériel haut de gamme. Le monde de la boxe est petit, et je savais que la qualité de notre travail n’y passerait pas inaperçue. Les boxeurs satisfaits par notre équipement sont notre meilleure publicité.

Comment se passe la commande d'un boxeur ? Les gants sont-ils fait sur mesure pour s'adapter à la forme de ses mains ?

Non, les gants ne sont pas fait sur mesure, et aucune compagnie ne fait des gants sur mesure. On peut le faire pour des gants d’entraînements, mais pas pour les gants de compétitions qui doivent être approuvés par la Commission Athlétique avant de pouvoir être portés pendant un combat. Les graphiques et les couleurs peuvent être modifiés selon les demandes du boxeur, mais le modèle en soit reste le même d’un boxeur à l’autre.

Si je devais choisir une paire de gants parmi Rival et ses concurrents dans le haut de gamme, comment me convaincriez-vous de me tourner vers vos produits ?

Nos concurrents dans le haut de gamme proposent des gants de très bonne qualité. Je dirais que ce qui fait la différence, à ce niveau d’excellence, ce sont les goûts du boxeur. Nous ne forçons personne à porter nos gants, et je n’ai jamais eu à payer un boxeur pour qu’il porte nos gants. Les boxeurs nous choisissent simplement parce qu’ils préfèrent notre matériel, c’est une question de feeling.

Je pense avoir trouvé la bonne combinaison de taille et de forme pour que les boxeurs puissent rentrer leurs mains, fermer les poings de manière naturelle, et se sentir à l’aise malgré les bandages pros tout en étant bien maintenus. Cette combinaison permet de maintenir un transfert de puissance optimale mais également de protéger les mains du boxeur des surfaces dures comme les coudes ou le crâne de son adversaire.

 

Pour donner un exemple, Vasyl Lomachenko, qui est probablement le meilleur boxeur « Pound for Pound » sur la planète, était venu me voir parce qu’il se blessait régulièrement les mains. Après plusieurs essais de nos paires, il a trouvé satisfaction et ne s’est plus blessé pendant une période de 4 ans et demi qui l’a vu monter 10 fois sur le ring (10 victoires dont 9 avant la limite). Récemment, il a changé de marque d’équipementiers et s’est malheureusement blessé d’une dislocation à une jointure de la main dès son premier combat.

 

Cet événement, couplé aux retours positifs de la part des grands boxeurs qui utilisent nos gants depuis des années (Anthony Joshua, Oleksandr Usyk, etc) me font penser que nous allons dans la bonne direction.

Des modèles de gants qui optimisent la protection des mains des boxeurs ne diminuent-ils pas leur puissance développée et leur capacité à mettre KO ?

Je n’ai jamais cru à cette philosophie du gant qui impacte la capacité à mettre KO. L’existence de gants qui seraient des « puncher gloves », qui faciliterait les KO, c’est une invention de personnes qui ne sont pas impliqués dans le monde de la boxe : des promoteurs, des journalistes… C’est un mensonge. Seul le boxeur est responsable du KO. Je parle bien sûr des gants haut de gamme mentionné précédemment.

 

C’est l’équivalent de poser un oreiller sur le pare-choc d’une voiture qui roule à 150 km/h : le modèle de l’oreiller ne changera rien au résultat en cas de collision. J’ai vu des boxeurs mettre des KO à l’entrainement alors qu’ils portaient des gants de 18oz (le poids des gants en combat est de 8oz ou 10oz selon les catégories de poids ndlr) donc pour moi, le modèle des gants n’a pas de rapport avec le KO.

Des mesures sont-elles mises en place par Rival pour protéger les boxeurs des drames comme les récents décès de Maxim Dadashev et Hugo Santillan ?

Nous cherchons toujours à produire un matériel d’entrainement qui protège les boxeurs qui l’utilise, mais notre marge de manœuvre est réduite lorsqu’on parle de combat professionnel. Nos gants sont déjà les plus épais, les plus sécurisants du marché ! J’ai l’impression que certaines compagnies font exprès de produire des gants dangereux, avec l’intention d’avantager les boxeurs qui les portent.

 

Par exemple, je trouve honteux que l’utilisation de crin de cheval pour rembourrer les gants soit encore autorisé. C’est un matériau sans mémoire de forme qui se modifie au fil d’un combat : selon les coups portés, le crin de cheval se déplace et ne protège plus les jointures des mains… C’est très dangereux pour l’adversaire. Pourtant, la technologie actuelle permet de produire des gants qui combinent force et protection, et qui conservent leur forme originelle après 12 rounds de combat.

 

Il faudrait également créer des nouvelles normes pour la taille des gants. La seule norme actuellement concerne le poids : 8oz ou 10oz. Mais selon la taille du gant, sa largeur et sa longueur, la répartition du rembourrage sera différente tout en gardant le même poids. Des gants très rembourrés au niveau des poignets mais peu rembourrés au dessus des métacarpes sont dangereux mais autorisé parce qu’ils pèsent 8oz. Dans tous les autres sports, des réglementations existent sur la taille des équipements : il n’y a qu’en boxe que seul le poids de l’équipement est réglementé.

C’est un discours que je répète lors de chaque audition devant une Commission Athlétique : un gant ne doit pas être une arme ! La boxe est un sport assez dangereux comme ça.
 

En terme de développement et de technologies, quel est l'avenir de la marque Rival ?

Contrairement à d’autres compagnies qui peuvent être obnubilées par toutes les formes de progrès technologiques possibles, nous sommes également tournés vers le passé en espérant réhabiliter des méthodes de travail oubliées mais redoutables d’efficacité. Nous avons notamment développé un modèle de gants de sac (RB5 Bag Mitts ndlr) très fin et semblable aux gants utilisés au début du XXe siècle. Ce modèle permet aux boxeurs d’optimiser les sensations ressenties en frappant, et de corriger la forme de leurs mouvements. Accueilli avec beaucoup de scepticisme, ce modèle de gants est aujourd’hui intégré par Anthony Joshua ou Souleymane Cissokho dans leurs entraînements.

 

Notre devise chez Rival est « Born From A Boxing Mind », et nous comptons suivre cette ligne dans le futur.

Morgan Charrière, 24 ans, est combattant pro en MMA. Récent vainqueur d’un combat à Londres, il évolue au sein de la meilleure organisation européenne (Cage Warriors). Pourtant, comme l’ensemble de ses collègues français, sa profession n’est pas reconnu par l’Etat. A l’aube de la création d’une fédération française de MMA (en premier lieu au sein d’une fédération sportive délégataire ndlr), il se penche pour Overhand sur l’impact de cette reconnaissance sur sa carrière.

Pour commencer, peux-tu nous raconter rapidement comment tu es arrivé au MMA ?

J’ai commencé les sports de combats par le judo à l’âge de 6 ans, jusqu’à mes 16 ans. A 16 ans, je décide d’aller vers le MMA.

 

La première raison, dont je n’ai jamais parlé, est que je voulais rentrer dans les forces spéciales ! Je pensais que le MMA m’aiderait à maîtriser l’ensemble des techniques au sol et en frappes, et que je serais mieux préparé à intégrer les corps d’élite de l’armée.

 

Je me suis aussi fait brancher par le film Never Back Down ! *rires* Il déchire, il est super motivant. Et puis un pote qui pratiquait déjà le MMA m’a invité à le rejoindre. C’est comme ça que j’ai sauté le pas. On était une petite équipe de motivés, un grand du quartier nous emmenait à l’entrainement en voiture, c’était une belle époque.

Quelles étaient tes ambitions à ce moment là de ta carrière ?

Le sport et la compétition sont deux domaines indissociables selon moi. Je n’ai jamais cherché à faire un sport sans vouloir performer en compétition.

Au bout de deux mois de pratique, j’ai participé à ma première compétition. Le MMA étant interdit, j’ai combattu à l’Open de France de Pancrace sous un mode de combat amateur avec puissance interdite (forme de combat avec puissance autorisé n’existe pas dans les compétitions engageant des mineurs ndlr). Grâce à mes bases de judo, j’ai remporté l’Open de France avec deux soumissions en demi-finale puis en finale.

 

En amateur, j’ai pris des victoires comme des défaites. Je m’en foutais un peu du résultat, je voulais juste combattre tous les week-end. Il n’y a rien de motivant dans le système amateur actuel. Dans les autres sports de combats, tes performances en compétitions Jeunes et Amateur t’ouvrent les portes de l’Equipe de France et tu rentres dans un moule qui te pousse vers le sommet : compétitions internationales, stage de préparation, encadrement par le staff de l’Equipe de France, etc. Derrière, de bons résultats lors des tournois internationaux amateurs te permettent d’être repéré par des promoteurs sérieux et facilitent ton passage en pro. J’aurais aimé avoir ces opportunités ! Ma motivation aurait été très différente, et mes résultats aussi. J’espère que la future Fédération Française permettra aux jeunes de suivre ce modèle.

 

Après deux ans de pratique amateur en pancrace, je suis passé en pro.

Quels sont les critères à remplir pour avoir le droit de passer en pro ?

Il n’y a aucun encadrement. Il n’y a pas de système de classes comme en Kick-Boxing, ni de système de jury sur la base des résultats en amateurs comme en boxe anglaise. Pour passer pro, il faut juste trouver un promoteur qui accepte de te mettre sur sa carte.

 

C’est un système très dangereux, puisqu’un mec mal préparé et sans expérience peut se retrouver sur une carte pro et se faire éclater. Mais ce n’est pas mon cas, j’étais bien préparé et j’ai gagné mes deux premiers combats : le premier en pancrace à Villepinte, le deuxième en MMA en Belgique.

 

J’imagine que l’une des missions de la fédération sera d’encadrer ce passage en pro.

Comment organisais-tu ta vie en dehors du MMA ?

A l’époque, j’étais en BTS Management. Je l’ai validé assez facilement, alors que je m’entraînais beaucoup à côté. Une courte expérience dans le monde du travail m’a convaincu que je ne voulais pas m’éterniser dans le management : je me suis réorienté en Licence STAPS.

 

Ces trois années de licence ont été très compliquées. Pour performer dans l’octogone, je me devais de m’entraîner deux fois par jour. Mais dans le même temps, je n’avais pas le droit de manquer de cours. Ma journée dure 24 heures, et je devais placer dedans deux entraînements, 6-7 heures de cours et 2 heures de trajets entre chez moi, la fac de Nanterre et la salle à Mantes-la-Jolie. Je peux te dire que je ne dormais pas beaucoup. Le réveil à 5h30 piquait un peu.

Ça ne m’a pas empêché de valider tous mes semestres sans aller une seule fois au rattrapage ! Mais je n’ai jamais eu la reconnaissance qu’ont les sportifs de haut niveau dans le milieu universitaire, malgré mes nombreuses demandes auprès de l’administration de ma fac. Mais en même temps, le statut des sportifs de haut niveau est très encadré : il doit être déclaré par la fédération pour laquelle il performe… ce qui n’existe pas pour les combattants MMA ! Les judokas de ma classe bénéficiaient de la possibilité de manquer beaucoup de cours pour s’entraîner, moi je devais venir même pour dormir au fond de l’amphithéâtre. Heureusement, mes professeurs étaient des vrais passionnés de sport et comprenaient ma situation. Ils m’ont beaucoup aidé pendant cette période.

Quels sont les autres problèmes, en termes administratifs, que posent ta situation (combattant pro sans statut officiel) ?

Je suis dans le flou sur plein de domaines. Par exemple, je n’ai pas de statut qui me permettrais de déclarer mes revenus de combats aux impôts en tant que tels. Actuellement, je les déclare en tant qu’auto-entrepreneur en tant que prestation de services, mais peut-être qu’avec un vrai statut je payerais moins d’impôts. Pour les assurances, c’est la même chose ! Si je me blesse à l’entrainement ou en combat, je peux me retrouver dans la merde pour payer mes soins. J’ai hâte que mon travail soit enfin reconnu !

Penses-tu que la légalisation du MMA t'aiderais à mieux être vu des sponsors ?

Pas de manière automatique, mais dans la finalité je pense que la légalisation du MMA sera bénéfique sur ce point de vue. Je m’explique : la légalisation du MMA devrait permettre aux sportifs de sortir de l’ombre et d’engranger une fanbase. C’est cette fanbase, ces followers, qui vont ensuite intéresser les sponsors.

 

Je commence à bien m’en sortir sur ce plan là, grâce à ma bonne visibilité sur les réseaux sociaux. J’en parle plus en détails dans ma dernère vidéo Youtube, si certains sont intéressés !

Une Fédération Française commune permettrait-elle de rapprocher les différents combattants ? (Dans l'optique de training camp en commun, de sparrings, etc)

Non, nous sommes déjà soudés. On sait tous qu’une séance de sparring avec un autre combattant pro français nous apporte beaucoup en terme d’expérience. Personnellement, je vais m’entraîner dans tout les clubs de Paris afin de varier les partenaires d’entraînements. J’ai pu mettre les gants avec Mansour (Barnaoui ndlr) qui casse la gueule de tout ses adversaires pendant ses combats, avec Taylor Lapilus… Ces séances là, aux côtés d’autres combattants pro, sont un facteur qui explique mes dernières performances très positives dans l’octogone.

 

Certains clubs préfèrent ne pas se mélanger, mais c’est un phénomène très minoritaire.

Qu'attends-tu de la future fédération Française de MMA, en plus des sujets déjà abordés ?

La mise en place de formations pour les pratiquants ! J’ai déjà passé mes diplômes de moniteur de pancrace avec la FFKMDA, et je compte passer les équivalents de ces diplômes pour le MMA, mais également toutes les formations possibles. Je suis toujours à l’affût de nouvelles choses à apprendre. Par exemple, j’ai passé une formation sur le cutting, en Irlande… que j’ai payé la peau du cul ! *rires*

 

J’aimerais avoir des formations encadrées par le staff de la fédération, financées partiellement par des subventions, comme dans tout les sports en fait. Il me reste plein de domaines dans lesquels j’ai envie d’apprendre : la préparation mentale, le travail de cutman, etc.

Pour finir, au niveau local, ton club (Team Chapa Quente à Mantes-la-Jolie) souffre-t-il de la non-reconnaissance du MMA ?

Un peu… Nous sommes très impliqués sur l’aspect social du sport : par exemple, le club propose des cours à prix cassés (10€/an) pour les tout petits, afin de leur donner goût au sport. En terme de résultats sportifs, nous sommes aussi très bien positionnés puisque nous entraînons plusieurs combattants pro et remportons beaucoup de compétitions.

 

Pourtant, nous n’avons jamais été invités à la cérémonie de remise des récompenses qui honorent les sportifs de Mantes-la-Jolie. Nous devons également nous battre tout les ans pour avoir des créneaux disponibles pour nos entraînements. Mais je pense que tout ça changera lorsque le MMA fera partie intégrante du paysage du sport français : nous serons mis en avant comme peut l’être Haby Niaré par exemple (Championne du Monde de Taekwondo qui s’entraîne à Mantes-la-Jolie ndlr).

Vous l’avez sans doute déjà aperçu sur l’écran de votre téléphone : Bilel Jkitou, 26 ans, est un boxeur avec un palmarès de 11 combats pour 11 victoires. Depuis ses débuts professionnels en février 2015, il est devenu Champion D’Afrique ABU et Champion WBC Méditerranée.

 

C’est aussi une star du réseau social Instagram, sur lequel il est suivi dans son quotidien par plus de 78.000 followers. Je l’ai rencontré pour l’interroger sur la gestion de sa communication en ligne, les bénéfices qu’il en retire, et ses conseils pour les sportifs voulant s’auto-promouvoir.

Comment as-tu débuté sur Instagram ?

 J’ai commencé mon Instagram au moment où j’ai réellement repris la boxe, c’est à dire en 2013. Quand j’ai ouvert mon compte, c’était tout nouveau à l’époque, je ne connaissais pas du tout. Je postais tout et n’importe quoi : des photos de moi à l’entrainement, des extraits de mes combats amateurs, etc. Et ça a tout de suite marché, des gens ont été interressé par mon contenu, j’avais déjà un certain nombre de followers (alors que je boxais seulement à un petit niveau !).

 

Et moi, je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié. Je kiffe la boxe, je ne vais pas cacher ce que j’aime faire. Je suis boxeur, donc je poste ce que je vis. Si j’avais été un chanteur, j’aurais fait pareil : des vidéos de freestyle dans ma chambre, comme pleins de gens. Regarde le petit violoniste d’Instagram (@amine_d1). Beaucoup de musiciens savent faire la même chose que lui, mais c’est le seul qui a su se mettre en lumière.

 

Les boxeurs en France sont un peu pudiques à ce sujet, et c’est dommage. C’est ce qui peut leur donner de l’exposition, ce qui leur permettra de s’auto-promouvoir en dehors des réseaux classiques (télés, journaux sportifs, radios, etc). Si tu ne fais pas ta propre pub, qui la fera à ta place ?

On te voit souvent faire des vidéos dans des endroits incongrus, avec des paires de gants flashy et des habits extravagants. Des types comme toi, qui boxent avec un béret et des gants roses au pied de l’Arc de Triomphe, on en croise pas tout les jours… D’où te vient cette inspiration ?

*Rires* Franchement, rien n’est calculé. Déjà, je kiffe m’acheter des habits. C’est pour ça que tu me vois habillé différemment sur plein de vidéos.

Pour les gants, c’est une manie de toujours vouloir le meilleur matériel disponible, depuis que j’ai commencé la boxe. De la même façon qu’un ouvrier voudra avoir les meilleurs outils pour faire son travail, j’ai besoin du meilleur matériel pour accomplir le mien : boxer !

Comment se passe un tournage ? As-tu une équipe qui te suit, qui monte tes vidéos ?

J’ai commencé la boxe avec un pote qui s’appelle Nicolas Sene (@nicolaseneoff), et c’est lui qui s’occupe de mes vidéos . J’essaye de montrer le côté artistique de la boxe, à la limite du cinéma. Nicolas étant réalisateur, il m’aide beaucoup à travailler mon contenu dans ce sens.

 

Mais la majorité de mes vidéos sont filmées et montées avec mon téléphone. Mon petit cousin, mes potes, tout le monde essaye de me filmer pour avoir du contenu à poster. C’est ce que j’essaye d’expliquer à mes amis qui sont entraîneurs, boxeurs, éducateurs sportifs, etc : si tu ne montres pas ton travail, c’est comme si tu n’avais pas travaillé. Même en faisant le meilleur travail du monde, il faut le montrer pour le faire exister aux yeux de ton public ou de tes clients. Et ça demande très peu de moyens, il faut juste se lancer.

Et sinon, ça paye bien d’être connu ? Quelles sont les retombées positives pour toi ?

J’ai beaucoup de demandes de partenariat, de pubs, etc… Je ne veux pas trop rentrer dans ce domaine, je ne suis pas un influenceur. Je reste avant tout un sportif. Quand j’apprécie déjà un produit, je peux accepter de faire un partenariat, mais franchement je refuse pleins de trucs.

 

Au niveau de ma ville (Nanterre, ndlr), beaucoup de jeunes me soutiennent et la mairie apprécie de m’avoir comme figure positive et fédératrice. Ça me permet d’avoir leur soutien quand j’ai des projets. Par exemple, avec leur aide, j’organise un gala de Boxe le 29 juin au Palais des Sports de Nanterre.

Pour la boxe, les promoteurs sont plus intéressé par un boxeur connu qui fait vendre des places. C’est aussi pour ça que j’essaye toujours de faire le show ! En montant sur le ring déguisé, en essayant de placer des gestes techniques compliqués, je veux faire plaisir au public qui s’est déplacé pour me voir. Et je pense que les promoteurs aiment cette plus-value que j’apporte.

 

Instagram m’a aussi permis de me faire connaître en dehors des frontières françaises : un entraîneur canadien m’a même proposé de venir faire un sparring  rémunéré contre son boxeur. C’est une opportunité que je n’aurais jamais eu sans les réseaux sociaux.

Et en terme de payes lors de tes combats ?

Je ne ressens pas encore l’impact de cette “notoriété” sur les payes qu’on me propose lors des combats. Même pour les sponsors, je n’ai pas encore eu de propositions vraiment alléchantes.

 

Je n’ai pas d’agent, ce sont mes frères qui font ce travail pour moi. Peut-être que si j’en avais un… mais je ne veux pas en prendre, je préfère gérer mon business en famille. Un agent, ça préférera toujours son propre intérêt avant celui du sportif qu’il représente.

Pendant longtemps, le monde de la boxe avait une devise : “Ce qui se passe dans la salle d’entrainement reste dans salle d’entrainement”. Bien que cette mentalité ait totalement changé, reste-t-il des aspects de tes séances que tu désires conserver confidentiels et ne pas poster en ligne ?

J’essaye de ne pas poster des sessions sparrings trop violentes. Mettre des vidéos de mecs que j’allonge à l’entrainement, je trouve ça irrespectueux. Les Américains font beaucoup ça ! Mais c’est pas trop mon délire, c’est un manque de respect. Tout le monde peut se faire coucher à l’entrainement, il faut respecter ses partenaires.

 

Par contre, je n’ai aucune limite pour poster ce qui arrive pendant mes combats. De toute façon, ils passent à la télé et ils sont disponibles sur Youtube. Pourquoi je ne posterais pas mes highlights sur Instagram ?

Quels sont les comptes Instagram qui t’inspirent dans le contenu qu’ils proposent ?

En dehors de la boxe, je m’entends super bien avec Booba (@boobaofficial) et j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il poste un peu tout, du contenu personnel aux blagues, et c’est presque devenu un média à lui tout seul ! C’est le Français le plus suivi sur Instagram. J’essaye d’être dans la même optique.

 

Au niveau de la boxe, je kiffe le contenu que propose Ryan Garcia (@Kingryang). De base, il est plus connu pour son compte Instagram que pour ses combats ! D’ailleurs, c’est l’exemple que je prends quand je croise un hater. “Pourquoi est-ce que tu n’aimes pas mes vidéos, alors que tu kiffes quand Ryan Garcia fait pareil ? Parce que c’est un étranger ?”

 

Sur le ring, il est très fort, mais c’est sa communication qui l’a fait connaître et qui a fait la différence. Aujourd’hui, il a été signé chez Golden Boy Promotions et boxe dans les grands casinos de Las Vegas… notamment grâce à son compte Instagram !

Pour finir, que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Je boxe le 29 juin au Palais des Sports de Nanterre pour une ceinture WBC Francophone. On s’y perd un peu, avec toutes ces ceintures… Mais le but reste le même : monter au classement de la WBC (la fédération mondiale la plus prestigieuse). Un peu comme Nordine Oubaali, qui a aussi suivi ce chemin. Il est monté dans les classements, jusqu’à avoir une chance mondiale. J’espère pouvoir atteindre également cet objectif !

 

Le 29 juin, étant organisateur de la soirée, je vais tenter de proposer un vrai spectacle au public : des combats avec plusieurs entractes composées de showcases d’artistes. Le but est de s’ouvrir à un public qui n’a pas forcément envie de regarder quatre à cinq heures de combats à la suite ! Je veux proposer une offre qui correspond à leur demande.