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La boxe au Bellator Paris : Retour sur un fiascoLe 11/10/2020

Les fans français de sports de combats peuvent se réjouir : les combats de MMA sont désormais une réalité dans l’Hexagone. Et l’arrivée en grande pompe du Bellator à l’Accor Hotel Arena samedi soir était une belle manière de marquer le coup. Sous le contrôle de la Fédération Française de Boxe (qui a délégation pour organiser le MMA en France) Cheick Kongo, Lucie Bertaud ou encore Yves Landu ont pu combattre devant le public parisien.


Plus tôt dans l’après-midi, plusieurs combats de boxe étaient également au programme. Bruno Surace et Milan Prat, espoirs de la boxe tricolore, devaient disputer un combat de classement. Le choc pour la ceinture française des poids lourds opposant Ouatah à Wamba devait clore le spectacle. Pourtant, un seul combat a finalement pu avoir lieu, laissant pour compte quatre boxeurs et leurs équipes.

un protocole sanitaire strict

Depuis plusieurs mois, un protocole sanitaire établi par la Fédération Française de Boxe a permis le déroulement de plusieurs galas sans risques de contamination. Parmi ces mesures, l’obligation pour tous les participants (boxeurs et entraîneurs) de présenter un test PCR négatif pour la COVID-19, ainsi que le port du masque pour tous les encadrants de la réunion.

 

Sous ses conditions et en accord avec les autorités sanitaires locales, un gala s’est tenu en juillet à Paris au cirque Bormann sous l’organisation d’Arnaud Romera. Quelques semaines plus tard, les organisateurs de la soirée de Tony Yoka suivent le même protocole avec un franc succès.

Scott Cooker, président du Bellator
Scott Cooker, président du Bellator

Le Bellator, organisation américaine, en décide autrement.

 

Après être arrivés mercredi 7 octobre à l’hôtel Courtyard Paris Gare de Lyon, l’ensemble des sportifs et leurs staffs respectifs sont immédiatement isolés dans leur chambre. Les repas leurs sont livrés à la porte de leur chambre, et la sécurité veille à contrôler les sorties. Un test PCR COVID est également effectué.

 

Après leurs résultats des tests fournis dans la journée de jeudi, tous les participants restent isolés. L’accès à la salle de sport de l’hôtel n’est pas autorisé, et les derniers entraînements nécessaires à la perte de poids se révèlent compliqués. Pesée et conférence de presse sont prévues le vendredi, et une autre série de test PCR COVID les suit. 

 

Toutes ces mesure laissent plusieurs combattants sceptiques. « Quel est l’intérêt de nous test mercredi à notre arrivée puis de nous isoler, si un autre test était prévu vendredi ? », nous confie Bruno Surace. 

Habitué des galas de boxe en Île de France, Rachid Labdouni peine également à comprendre la nécessité de ce protocole. Soigneur de Nicolas Wamba pour l’évènement, a passé tous les tests nécessaires pendant la semaine. « J’ai été testé positif avant le gala de Tony Yoka, alors que j’avais un boxeur prévu sur l’évènement. L’organisation m’a immédiatement fait un contre-test qui s’est avéré négatif et qui m’a permis de coacher Mevy Boufoudi ce soir là. Pourquoi ne pas avoir suivi les règles de la FFB ? »

Tests positifs et explusion brutale

Les problèmes commencent lorsque les résultats des tests se présentent. Plusieurs encadrants et boxeurs de Marseille sont testés positifs dès jeudi, dont Kayser et Jean Molina. L’organisation leur demande immédiatement de quitter les lieux et les congédie sur le champ de l’hôtel dans lequel ils étaient isolés. Craintifs pour la santé de Jean Molina, âgé de 85 ans, toute l’équipe rentre immédiatement à Marseille pour subir une série de contre-tests. Les résultats tombent dans la matinée du vendredi 9 octobre : tous sont négatifs.

« A ce moment là, ils n’avaient aucune possibilité de revenir malgré les contre-tests. Personne n’a cherché à trouver de solutions, l’expulsion a été immédiate » déclare Bruno Surace.

 

Le lendemain, la même sentence tombe pour plusieurs membres de l’équipe de Nicolas Wamba. Les résultats des tests du vendredi sont positifs, et tout le staff est invité à quitter les lieux immédiatement. Rachid Labdouni, membre du staff, s’indigne du comportement de certains représentants du Bellator.

 

« Et le secret médical ? Pourquoi cette société reçoit les résultats de mes propres tests avant moi ? Certains ont reçus leurs résultats en pleine nuit et ont été invités à vider les lieux sous 40 minutes. Leur comportement et leur manière de s’adresser aux boxeurs et à leurs encadrants n’a été ni professionnelle, ni respectueuse. Si ce comportement vient d’un abus de pouvoir de certains individus, ils doivent être sanctionnés par la FFB. Si il s’agit de consignes données directement par le Bellator à son personnel, ils n’ont plus rien à faire en France. »

Test négatif de Kayser, entraîneur de Bruno Surace

Mais ces expulsions ne concernent pas que les combattants testés positifs. Surace, négatifs à tous ses examens, a finalement pu combattre face à Patrick Mokamba. Son combat a été le seul maintenu et s’est soldé par une belle victoire aux points, qui lui ouvre les portes d’un Championnat de France des poids moyens en décembre.

 

A sa descente du ring, l’accès aux vestiaires lui est refusé. Toutes ses affaires ont été placées dans des sacs poubelles et la sécurité lui demande de quitter la salle sur le champ, sans même pouvoir se doucher. Encore habillé de son short de combat et de sa coquille, transpirant et avec plusieurs sacs poubelles contenants ses affaires personnelles sous le bras, il doit retourner à l’hôtel qui lui accorde la possibilité d’avoir accès à la chambre qu’il avait rendu quelques heures plus tôt.

La faute à un accord non tenu par la FFboxe ?

Selon plusieurs sources, l’organisation du Bellator aurait conclu un accord de principe avec la Fédération Française de Boxe, régissant l’organisation du MMA en France. En échange d’une garantie de priorité sur l’organisation du premier gala de MMA en France, le Bellator autoriserait les boxeurs français à disposer de l’Accor Hotel Arena pour plusieurs combats. Un payement aurait même été effectué par le Bellator à la Fédération, afin de garantir cet accord.

 

Mais les officiels de la Fédération n’aurait pas tenu parole, puisqu’un autre gala de MMA a été tenu quelques jours auparavant à Vitry. De moins grande ampleur, l’évènement a pourtant été repris et rediffusé sur l’UFC Fight Pass, média tenue par les grands concurrents du Bellator. Furieux, les organisateurs du Bellator auraient alors passé leurs nerfs sur les boxeurs sous leur responsabilité.

 

Du côté de la Fédération, ni le Président sortant André Martin, ni le Vice Président et candidat à la prochaine mandature Dominique Nato ne s’est encore exprimé sur le sujet. En coulisses, Nato était pourtant présent pour tenter de défendre les intérêts des boxeurs… Sans succès. 

 

L’affaire pourrait ne pas s’arrêter là, puisqu’en cas d’accord écrit, le Bellator se verrait en position de poursuivre la Fédération Française de Boxe qui n’aurait pas tenu ses engagements. Quoi qu’il en soit, la lumière devra être faite sur les responsables de cette bérézina, au sein du Bellator comme de la Fédération.

les boxeurs payent les pots cassés

Si les raisons et les responsables de ce fiasco restent difficiles à discerner, ses conséquences sont limpides. Isolés pendant plusieurs jours dans leurs chambres d’hôtel, confrontés à un staff du Bellator irrespectueux et renvoyés chez eux comme des intrus, les boxeurs et leurs équipes ne garderont pas un bon souvenir de leur semaine. 

 

Et, pour les quatre combattants dont les combats ont été annulés, c’est tout un cycle de préparation de combat qui tombe à l’eau. Sans aucune nouvelle de leurs payes prévues pour ces combats…

MISE à jour mercredi 14 octobre 2020

Gérard Teysseron et Europrom, organisateur des trois combats de boxe prévus ce soir là, ont fait savoir que l’ensemble des boxeurs et membres du staff pourraient recevoir l’intégralité de leurs salaires. Un soulagement pour tous les staffs, et un geste digne pour Mr Teysseron.